Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/176

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à sa première grossesse la couleur d’une véritable négresse. Un de mes auditeurs, ancien médecin, m’a dit avoir rencontré un fait à peu près semblable dans sa pratique. D’autre part, le docteur Hammer et Buffon rapportent des exemples bien authentiques de nègres qui sont devenus blancs. Il s’agit d’un jeune homme et d’une jeune fille. Tous deux, vers l’âge de quinze ou seize ans, commencèrent à blanchir, le premier à la suite d’un léger accident, la seconde sans cause connue. Les phénomènes furent d’ailleurs à peu près identiques dans les deux cas. Le changement de coloration eut lieu d’une manière progressive, La teinte générale s’affaiblit d’abord, puis des taches blanches apparurent, grandirent peu à peu, et envahirent le corps tout entier. Chez les deux individus, la teinte primitive persista sur quelques points peu étendus, et les parties transformées conservèrent des marques semblables à des grains de beauté ou à des taches de rousseur. En général, les villosités, les cheveux, participèrent à ce changement, et devinrent ou blancs ou blonds là où la peau avait blanchi. Les deux individus conservèrent une santé parfaite. Toutes leurs fonctions continuèrent à s’exercer très régulièrement. La peau, surtout ne présenta jamais de traces de maladies ; elle était rosée et semblable en tout à celle d’un individu de race blanche. Hammer et Buffon ont insisté avec raison sur ces derniers détails, qui prouvent qu’il s’agit ici d’une véritable transformation, et que le changement de couleur ne saurait être attribué à quelqu’une de ces affections cutanées observées par plusieurs voyageurs, et surtout par M. d’Abadie, affections qui ont pour résultat de donner à là peau noire de certaines races une couleur blanche mate et blafarde.

Ainsi l’individu n’est jamais identique à lui-même dans tout le cours de sa vie, et de plus il peut subir des changemens très considérables sans que son existence soit mise en péril. De ces faits généraux, on peut déjà conclure qu’en acceptant dans toute sa rigueur la définition de Blainville lui-même, on doit s’attendre à rencontrer entre les représentans de chaque espèce des différences plus ou moins tranchées. L’expérience de tous les instans s’accorde avec cette conclusion. Chez les végétaux aussi bien que chez les animaux et chez l’homme, l’identité n’apparaît qu’à titre de fait entièrement exceptionnel. On sait ce qui arriva aux courtisans d’Alphonse le Sage à la recherche de deux feuilles exactement semblables ; tout bon berger reconnaît et distingue fort bien chaque brebis de son troupeau, et la fable des ménechmes, sauf entre jumeaux, ne s’est peut-être réalisée qu’une seule fois dans la personne de Martin Guerre et d’Arnaud du Tilh.

Les différences très légères, servant seulement à distinguer les uns des autres les représentans d’une même espèce, ne sont autre