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pas d’autre occasion prochaine et déterminée où quelque embarras de ce genre puisse s’élever pour vous.

« M. de Kisselef se conduit ici avec mesure et convenance. Son langage dans le monde est en harmonie avec ce qu’il a écrit le 1er janvier à M. de Saint-Morys, et j’ai lieu de croire qu’il est dans l’intention de ne faire aucun bruit de ce qui s’est passé, et de remplir comme précédemment tous les devoirs d’égards et de politesse qui appartiennent à sa situation. Il sera invité, comme tout le corps diplomatique, au prochain grand bal de la cour. Nous témoignons ainsi que, comme je viens de vous le dire, nous nous tenons pour quittes et n’avons point dessein de perpétuer les procédés désobligeans. Nous agirons du reste ici envers M. de Kisselef d’après la façon dont on agira à Pétersbourg envers vous. Vous m’en rendrez compte exactement. »

Il nous importait que non-seulement à Saint-Pétersbourg et à Paris, mais dans les grandes cours de l’Europe, notre démarche fût bien comprise dans sa véritable intention et sa juste mesure. J’écrivis aux représentans du roi à Vienne, à Londres et à Berlin, MM. de Flahault, de Sainte-Aulaire et Bresson.


« M. Guizot à M. le comte de Flahault à Vienne.

« Paris, 5 janvier 1842.

« Mon cher comte,

« Je veux que vous soyez bien instruit d’un petit incident survenu entre la cour de Saint-Pétersbourg et nous, et dont probablement vous entendrez parler. Je vous envoie copie de la correspondance officielle et particulière à laquelle, il a donné lieu. Je n’ai pas besoin de vous dire que je vous l’envoie pour vous seul, et uniquement pour vous donner une idée juste de l’incident et du langage que vous devrez tenir quand on vous en parlera. Nous avons atteint notre but et nous sommes parfaitement en règle. Officiellement, le comte de Pahlen a été rappelé à Pétersbourg pour causer avec l’empereur ; M. Casimir Périer a été malade le 18 décembre et M. de Kisselef le 1er janvier. En réalité, l’empereur n’a pas voulu que M. de Pahlen complimentât le roi, et nous n’avons pas voulu que ce mauvais procédé passât inaperçu. De part et d’autre, tout est correct et tout est compris. Les convenances extérieures ont été observées et les intentions réelles senties. Cela nous suffit, et nous mous tenons pour quittes.

« Il faut qu’on en soit partout bien convaincu. Plus notre politique est conservatrice et pacifique, plus nous serons soigneux de notre dignité. Nous ne répondrons point à de mauvais procédés par