Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/229

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


être certain d’ailleurs que les taxes nouvelles vaudront les taxes supprimées. Le mérite des dégrèvemens de cette nature, c’est de s’opérer gratuitement sans donner au trésor d’autres compensations que la plus-value qui résulte du développement de la consommation. C’est ainsi que la réforme s’est opérée en grande partie en Angleterre, et c’est ce qui l’a rendue si féconde. Cette réformé ne peut donc être menée à bonne fin que si notre budget rentre dans des conditions plus normales, que si- nous avons des excédans de recette pour parer aux déficits provenant des dégrèvemens ; mais il faudrait pour cela ne pas escompter d’avance au profit des dépenses ordinaires tout ce que peut donner le développement de la richesse publique et éviter que chaque progrès fût marqué par un impôt nouveau.

Jusqu’à présent, il faut en convenir, le corps législatif s’est montré assez accommodant pour voter tous les crédits qui lui ont été demandés, non pas qu’il n’ait eu le désir sincère de les contrôler et qu’il n’ait cherché à le faire autant que cela lui était possible ; mais sa situation était plus forte que sa volonté. C’est toujours pour une assemblée législative une tâche difficile que de résister aux demandes d’un gouvernement et de l’obliger à modérer ses dépenses ; il faut y être poussé par l’aiguillon incessant de la publicité, par le sentiment qu’on est placé sous le contrôle immédiat de l’opinion publique, et que, si on se laisse aller à voter des dépenses qui ne sont point parfaitement justifiées, on sera obligé d’en rendre compte. Si cette publicité fait défaut, si on peut croire qu’on échappera à une responsabilité immédiate vis-à-vis de l’opinion, alors le zèle pour l’intérêt des contribuables se refroidit, et les budgets grossissent avec une rapidité effrayante, comme nous l’avons vu depuis quelques années. En sept ans, du commencement de 1852 à la fin de 1858, l’augmentation des dépenses a été de près de 400 millions (de 1 milliard 461 millions à 1 milliard 858 millions) ; c’est une augmentation supérieure à celle qui avait eu lieu dans les vingt et une années qui avaient précédé, car le budget, de 1 milliard 95 millions en 1830, n’était que de 1 milliard 461 millions en 1851.

Nous ne connaissons pas encore le projet du budget pour 1862 et nous ne savons pas si, comme les précédens, il accusera une nouvelle augmentation de dépenses ; mais nous aimons à croire que le corps législatif profitera de la liberté plus grande qui lui est accordée par le décret du 24 novembre pour exercer un contrôle plus sévère, et que s’il ne peut réduire les dépenses, il les empêchera au moins de s’élever au-dessus du chiffre déjà fort respectable auquel elles sont arrivées. Ce sera d’ailleurs pour lui le moyen le plus efficace d’agir sur la politique. On disait autrefois qu’il fallait faire de