Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/241

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on détourne son regard de l’Angleterre ou lorsqu’on sort de France, on ne voit plus partout qu’une désolante faiblesse : faiblesse en Italie, car si les populations de la péninsule ont éprouvé des transformations qui peuvent leur promettre dans l’avenir une nouvelle et forte vie, dans le présent rien n’est encore assuré ; les tronçons réunis de l’Italie ne se sont point encore assimilés dans une véritable unité : ceux qui augurent le mieux de la révolution sentent que, pour triompher, elle a encore bien des obstacles à vaincre, bien des hasards à traverser, et qu’un seul échec remettrait en question tout ce qui a été merveilleusement conquis jusqu’à ce jour. Faiblesse en Autriche, dont la misère financière éclate plus tristement à chaque instant, où la lutte des nationalités prend un caractère de plus en plus révolutionnaire, où le pouvoir dirigeant affiche de bonnes intentions frappées d’impuissance, cède et perd le bénéfice de ses concessions en les faisant trop tard, où le ministère a l’air de briguer par ses promesses libérales le suffrage des opinions généreuses de l’Europe et blesse ces opinions par des maladresses aussi impardonnables que l’extradition du comte Téléki. Faiblesse, quoique à un moindre degré, dans l’Allemagne, tiraillée par des tendances contraires, dont les gouvernemens ont tant de peine et sont si lents à s’entendre. Faiblesse en Russie, où l’incertitude de la solution de la question du servage paralyse tout, où l’armée n’est plus recrutée depuis plusieurs années, où l’incapacité du gouvernement laisse durer et s’aggraver une situation financière déplorable. Faiblesse en Turquie, la partie la plus malade du continent, et qu’il suffît de nommer pour exprimer l’excès du délabrement et de la décomposition.

Devant cet ensemble, le détail des événemens et des questions perd presque tout intérêt. La plus grande partie du continent est visiblement en proie à un vaste travail de dissolution, à quelque chose qui est au moins le symptôme d’une révolution générale, s’il n’est déjà cette révolution même. Pour se convaincre combien le détail des faits quotidiens a peu de valeur sur ce fond de tableau, il n’y a qu’à les passer rapidement en revue.

En Italie, l’annexion des dernières conquêtes du Piémont est officiellement promulguée à Turin, tandis que le roi de Naples poursuit à Gaëte son honorable, quoique tardive résistance, et qu’une dernière lamentation irritée du pontife s’échappe du Vatican. Est-il besoin d’attacher un grand poids à la question de savoir si l’escadre française sera retirée huit jours plus tôt ou plus tard de la rade de Gaëte ? Y a-t-il un intérêt bien sérieux à savoir jusqu’où vont les instances de l’Angleterre revendiquant pour l’Italie le principe de non-intervention, les sollicitations émues des puissances du Nord recommandant à notre protection un souverain malheureux traqué dans sa dernière forteresse ? Et n’est-ce point une curiosité frivole que de vouloir connaître exactement la cote mal taillée par laquelle le gouvernement français s’efforce de concilier ces deux exigences ? Cette conspiration savante et admirablement disciplinée des manifestations par lesquelles les Italiens ont