Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/242

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partout préludé aux actes de révolution ou d’annexion opère maintenant à Rome sous le regard de nos soldats, et va même prendre pour théâtre la basilique de Saint-Pierre. Irons-nous là-dessus adresser aux Italiens des leçons de prudence ? Leur conseillerons-nous la réserve ? Leur prêcherons-nous le ménagement de la position de la France, le respect des intérêts généraux de l’Europe, et autres formules bonnes en saison de congrès et de protocoles ? Nous prendrions bien notre temps ! Le dernier parlement piémontais est dissous ; le premier parlement uni va être convoqué, et se réunira en février pour représenter 22 millions d’Italiens. Irons-nous, nous autres étrangers, pronostiquer à l’infini sur la composition, les difficultés, les tendances de ce parlement ? Irons-nous supputer les querelles que les députés napolitains pourront chercher aux députés du nord, les luttes possibles du piémontisme, du mazzinisme, du garibaldisme ? Féconde préoccupation ! comme si le parlement, quel qu’il soit, n’était point destiné à subir fatalement les nécessités de la situation de l’Italie. Or cette situation n’a que deux issues, la guerre ou la paix, la guerre avec ses hasards funestes, la paix avec ces émotions inquiètes, impatientes, dissolvantes, qui rendent non moins funeste que la guerre toute paix qui n’est qu’une trêve. Puis les choses ont pris un tel tour en Europe, que les Italiens n’ont peut-être plus leur libre arbitre dans l’option entre la paix et la guerre, et que c’est la force des choses qui fera le choix.

Entrons dans le fouillis autrichien. Nous sommes de ceux qui plaignent les gouvernemens et les peuples qui perdent ces occasions uniques où par des concessions mutuelles ils pourraient encore s’entendre et s’accorder. Le diplôme promulgué le 20 octobre par l’empereur d’Autriche nous paraissait être une de ces occasions de réconciliation, et l’avenir dira s’il n’est pas à regretter que la Hongrie, dans son irritation, l’ait repoussée. Ici encore les événemens partiels ne présentent d’intérêt que comme traits de la situation générale. Un nouveau ministre libéral, M. de Schmerling, prend la direction de la politique intérieure de l’empire. Ses promesses sont irréprochables : il veut constituer les diverses nationalités qui composent l’Autriche sur les bases de l’autonomie la plus large ; il se propose de fonder l’unité de l’Autriche sur le principe moral d’une fédération libre qui associera les intérêts de tous, et transigera sur les intérêts particuliers de chacun dans le conseil de l’empire, devenu une sorte de congrès général.

Des concessions importantes ont accompagné ou suivi le programme de M. de Schmerling. La loi électorale de 1848 réclamée dès les premiers jours par les comitats hongrois pour l’élection de la diète est accordée, la réunion de la Voïvodie à la Hongrie est décidée ; mais il semble que les Hongrois irréconciliablement ulcérés aient pris dès le premier jour le parti de répondre à tout : C’est trop tard. 1848 paraît être la date irrévocable de leurs aspirations et de leurs colères. Les comitats redemandent les lois de 1848. Le préfet de Pesth, le comte Karolyi, se présente avec ce mot d’ordre