Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/245

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contemporaines la ressentent trop pour tirer joie et vanité des perturbations qu’éprouvent des nations voisines. Le mal de celles qui souffrent rejaillit promptement sur les autres ; les plus saines n’échappent point à cette loi. L’Europe ne pourrait pas supporter longtemps, sans être atteinte tout entière d’une douloureuse langueur, la prolongation du désordre auquel l’Italie, l’Autriche et la Turquie sont en proie, lors même que ce désordre n’enfanterait point la guerre. Les intérêts sont trop mêlés dans notre civilisation moderne pour ne point être atteints partout, lorsqu’ils sont blessés quelque part. Ne voit-on pas en ce moment même les besoins financiers de la Turquie et un emprunt mal conçu compromettre des places françaises et soulever chez nous de difficiles questions morales et politiques ? L’attitude passive, l’inertie, ne mettent point les peuples et les gouvernemens à l’abri de cette contagion, et si l’on prend le parti de l’action, si l’on veut intervenir dans les luttes engagées, à quelles fausses mesures ne risque-t-on point de recourir ! à quels périls ne s’expose-t-on pas ! Le moment présent est donc grave, et c’est sur l’extrême gravité de la situation, considérée dans l’ensemble, que nous avons voulu appeler aujourd’hui l’attention. À cet ensemble de nécessités politiques, il faut faire face, non par de petits expédiens qui suivent maladroitement les faits et ne les gouvernent point, mais par une forte compréhension des choses et un large système.

Le romanesque succès de notre expédition de Chine fait une diversion heureuse aux préoccupations inquiètes qu’inspire l’état de l’Europe. Un épisode des découvertes et des conquêtes fabuleuses accomplies au-delà des mers par les héroïques aventuriers du XVIe siècle se trouve ainsi transplanté dans le XIXe dans le siècle des guerres savantes et correctes. Cette entreprise si hardiment conduite met enfin la civilisation en contact avec le dernier et le plus vaste boulevard de la barbarie, s’il est permis de ranger en effet parmi les barbares un peuple qui n’avait de barbare que son entêtement à demeurer fermé aux autres nations. Grâce aux habiles négociateurs de France et d’Angleterre, grâce à nos infatigables soldats, on peut croire qu’enfin la Chine est ouverte. La Chine ouverte, autant dire qu’il n’y a plus de Chine. Plût à Dieu que nous eussions le droit de pousser la même exclamation triomphante à propos de toutes les Chines intellectuelles, morales et politiques que l’ignorance, l’égoïsme et la mauvaise foi conservent parmi nous ! C’est notre souhait de bonne année. e. forcade.



ESSAIS ET NOTICES.
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le comte ladislas téléki.

Au mois d’octobre 1854, une diète extraordinaire était convoquée dans la capitale de la Saxe pour discuter, entre autres projets de lois, la réforme du