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que sur tous les points de cette Allemagne vraiment allemande tous les honnêtes gens, tous les cœurs libéraux se sentent également engagés, c’est-à-dire humiliés, par la décision du cabinet de Dresde.

Nous la connaissons, cette Allemagne loyale et généreuse ; nous savons ce qu’elle a souffert en maintes circonstances, sous des gouvernemens presque tous dévoués à l’Autriche ; nous savons qu’au moment où elle se vante de représenter dans le monde le principe de la liberté morale, le respect de l’individu, si indifférent, disent-ils, aux races romanes, ils reçoivent sans cesse de leur police les plus douloureux démentis ; nous savons quelle scission profonde s’établit de plus en plus entre les cabinets et l’opinion publique ; nous n’ignorons pas non plus la tendre et reconnaissante affection de ces peuples pour leurs princes, lorsque le prince porte un cœur allemand, et qu’il tient à honneur, comme le duc de Saxe-Weimar par exemple, d’être le premier défenseur de l’esprit germanique. À coup sûr, un acte comme celui qui nous arrache ces paroles est une humiliation, et la plus cruelle de toutes, pour ces âmes éprises du juste et de l’honnête. Nous espérons que les publicistes saxons n’auront pas attendu notre appel pour protester avec nous au nom de la justice, et avec leurs frères d’Allemagne au nom de l’honneur national.

Quant à l’Autriche, voilà une belle occasion pour le ministère Schmerling de confirmer immédiatement les espérances que son avènement a fait concevoir à l’Europe libérale. En renonçant à cet otage que lui a livré d’une façon inique l’obséquiosité du cabinet saxon, elle rejettera la responsabilité d’une mesure qui a soulevé la conscience publique, et qui peut lui faire de nouveaux ennemis en Allemagne et en Europe. Est-ce au moment où la Hongrie s’agite, où tous les cœurs frémissent, où chacun se demande si l’on peut se fier aux concessions et aux promesses de Vienne, qu’on aurait la folie de réveiller les souvenirs irritans ? Que le ministère nouveau, respectant un loyal adversaire, s’empresse de rendre au comte Ladislas Téléki la liberté de l’exil : un tel acte, dans les conjonctures présentes, sera le plus éloquent des programmes.


SAINT-RENE TAILLANDIER.


REVUE DRAMATIQUE
L’Oncle Million, comédie en cinq actes et en vers, par M. Louis Bouilhet.

La destinée de la nouvelle pièce que M. Louis Bouilhet vient de donner à l’Odéon contient toute une leçon de haute philosophie pratique très propre à faire réfléchir, et qui, je l’espère, profitera aux poètes en général et à M. Bouilhet en particulier. La pièce a été froidement accueillie. Est-elle donc inférieure aux productions précédentes de l’auteur ? Non, elle est leur égale, et à plusieurs égards, autant que mes faibles lumières me permettent d’en juger, elle est leur supérieure ; mais elle paie le prix des applaudissemens