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travaux du congrès pour la restauration du chant religieux, sans nous faire cependant beaucoup d’illusion sur les résultats qui sortiront de ses débats. La cause du mal qu’on déplore n’est pas une cause simple. L’altération du plain-chant, la décadence évidente de la musique religieuse, proviennent d’un ordre d’idées qui a changé toute l’économie de la société moderne. Le clergé français fût-il plus éclairé, plus désireux qu’il ne l’est d’attirer à lui la vie, qui lui échappe, il serait encore douteux qu’il pût réussir dans sa louable entreprise de se faire le centre d’un mouvement de l’art religieux. Quoi qu’il en soit de ces idées, que nous nous proposons toujours de développer dans un moment de loisir, nous voulons dire aujourd’hui quelques mots d’un recueil de chants sacrés, à une et plusieurs voix, qui, sous le titre Alléluia, a été publié à Genève chez M. Joël Cherbuliez. C’est le travail pieux et soigné d’un ministre protestant, M. Théodore Paul, qui habite les environs de Genève. Composé des plus beaux morceaux de Haendel, de Mozart, surtout du grand Sébastien Bach, le recueil qui nous occupe est divisé en deux séries, formant deux volumes fort bien gravés, avec des paroles françaises et allemandes au-dessous. La seconde série, qui est d’un choix plus remarquable que la première, contient quarante-deux morceaux empruntés à Bach, Haendel, Haydn, Mozart, Mendelssohn, Weber, Léo, Marcello, Lotti, Vittoria, etc. Nous aurions bien quelques observations à faire sur le mérite et sur la prosodie souvent étrange des paroles françaises que l’auteur a mises au-dessous du texte original. Pourquoi aussi M. Théodore Paul n’indique-t-il pas l’œuvre particulière du maître d’où il a tiré le morceau qu’il a choisi ? Il ne faut pas craindre d’être trop explicite dans ce genre de publications, qui s’adressent à des esprits humbles.

M. George Mathias, dont nous avons quelquefois cité le nom dans la Revue, est l’un des meilleurs pianistes qu’il y ait à Paris. Élève de Chopin et de M. Barbereau pour l’harmonie et la composition, M. Mathias est un artiste fin, instruit, sérieux, dont le jeu rapide et délicat possède toutes les qualités qui distinguent l’école française sans en avoir les défauts. Il vient d’arranger et de transcrire pour le piano six grandes symphonies de Mozart, que publie l’éditeur Ahrand avec un soin digne de l’œuvre. Ces six grandes symphonies sont celle en si bémol, la symphonie qui porte le nom de Jupiter, celles en sol mineur, en ré majeur, en ut majeur et la dernière, qui est aussi dans le ton de ré majeur. J’ai parcouru avec attention le travail de M. Mathias, et il m’a semblé retrouver dans sa traduction toutes les nuances et tous les effets de l’original. Il faut être à la fois bon harmoniste, connaître à fond le mécanisme de l’instrument pour lequel on écrit, et posséder l’intelligence des effets multiples de l’orchestration, pour réussir à donner au pianiste une idée suffisamment exacte du poème symphonique qu’on se propose, de transcrire. Il est grandement à désirer que des travaux honorables comme celui de M. Mathias obtiennent le succès qu’ils méritent, et aillent dans les mains de cette simple jeunesse qu’on empoisonne d’abominables productions. On ne se fait pas une idée de la musique de piano qui se fabrique à Paris et que vendent impunément des éditeurs patentés !


P. SCUDO.


V. DE MARS.