Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/263

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Lui-même il contribuait pour une part importante à cette vaste enquête historique ; la Toscane du passé et la Toscane contemporaine, la Florence des trois derniers siècles et la Florence de nos jours lui avaient livré tous leurs secrets. Il aimait à étudier les détails inconnus, les épisodes laissés dans l’ombre ; il prenait plaisir à mettre en scène les personnages dont la biographie se rattache à l’histoire générale ; les diplomates, les artistes, les savans, les théologiens, les membres étrangers ou nationaux de l'Academia della Crusca, fournissaient des occasions heureuses à sa fine et précise érudition ; souvent il s’amusait à recomposer les annales d’une famille, à suivre la généalogie d’une race illustre, et après avoir raconté les aventures des Colonna, des Borghèse, des Strozzi, des Trivulce, des Barberini, il allait chercher jusque dans le XIIIe siècle les ancêtres des Bonaparte de Toscane. Je le répète, c’était Florence qui l’intéressait entre toutes les cités italiennes ; si les événemens politiques l’obligeaient à quitter la ville de Dante et de Galilée, si par exemple en 1849 il suivait le pape à Gaëte avec le corps diplomatique, il s’empressait de revenir à Florence dès que son devoir le permettait, et après avoir raconté ses souvenirs, après avoir peint l’exil de Pie IX ou l’occupation de la république de Saint-Marin par les corps francs de Garibaldi, il reprenait bien vite ses chères études d’érudition et d’art sur la société florentine depuis la renaissance jusqu’à nos jours. Tous ces tableaux si curieux ne remplissent pas moins de six volumes ; l’auteur les a intitulés Etudes pour servir à l’histoire d’Italie, et il en fait hommage à M. Léopold Ranke. « Mon ami, dit-il à l’illustre historien, dans vos études sur l’Italie vous avez tracé les grandes routes ; moi, je n’ai fait que suivre les sentiers. J’espère pourtant que ces investigations de détails ne seront pas inutiles à l’histoire des idées et des mœurs. » La critique a confirmé ces paroles. Si les sentiers de M. de Reumont ne nous conduisent pas vers les lieux où s’accomplissent les événemens décisifs de l’histoire, les personnages qu’il y rencontre nous expliquent bien des secrets de la société italienne. Désormais, pour connaître exactement les traditions de la péninsule, il faudra quitter plus d’une fois les routes royales et s’engager avec le diplomate allemand dans les chemins oubliés.

Parmi les épisodes qui attiraient M. de Reumont, il en est un qui semble lui avoir inspiré une prédilection particulière. L’histoire de la comtesse d’Albany, on le devine, a été pendant bien des années l’objet de ses recherches et de ses méditations. Ce ne sont plus des fragmens qu’il rassemble, c’est tout un livre, un livre en deux volumes, consacré à la veuve du dernier des Stuarts. Documens mis