Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/318

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qui est reconnu bon : elle peut, on vient de le voir, en accomplir la meilleure partie sans sortir de nos frontières ; mais cela ne veut pas dire qu’elle n’ait rien à tirer des contrées lointaines. Les eaux de l’Europe ont à envier à celles de l’Amérique du Nord et de l’Asie des espèces plus riches en propriétés alimentaires que la plupart des nôtres. La supériorité de ces espèces consiste surtout en ce qu’elles sont herbivores. Nous avons un nombre suffisant de poissons carnassiers, et les loups fussent-ils bons à manger, personne ne voudrait les naturaliser de préférence aux moutons. Ce que gagnerait immédiatement l’alimentation publique à l’acquisition de poissons transformant directement les végétaux en une excellente nourriture animale est facile à calculer, et de plus l’avantage obtenu pourrait s’étendre beaucoup. La matière animale nécessaire aux piscivores est lente et coûteuse à augmenter ; la matière végétale au contraire se développe suivant une progression dont les perfectionnemens de la culture et l’élargissement des surfaces cultivées reculent sans cesse le terme. La base la plus féconde à donner dans notre pays à la multiplication du poisson serait donc le remplacement de nos mauvaises espèces herbivores par de bonnes. Ces espèces désirables existent dans le nord de l’Amérique, et elles sont en Chine l’objet d’une culture étendue : ce sont les seules qu’il faille rechercher ; les herbivores des autres parties du monde paraissent ne l’emporter en rien sur les nôtres.

On trouve dans les eaux du Canada des poissons aussi nombreux que variés. Parmi ceux qui se nourrissent de végétaux, le meilleur est le corégon blanc : il se rapproche du saumon par les formes extérieures et le volume ; il habite les lacs de préférence aux rivières et se plairait infailliblement dans les lacs de Genève, du Bourget et d’Annecy. Il irait bien à la Savoie rentrée dans la famille française d’enrichir de ces nouveaux habitans les eaux fraîches et profondes dans lesquelles se mirent ses montagnes.

Abstraction faite des régions polaires, la Chine est le pays du monde où le poisson entre pour la part proportionnelle la plus considérable dans l’alimentation de l’homme. L’immensité des besoins de la population chinoise et l’abondance des eaux qui baignent le Céleste-Empire ont déterminé un mode d’exploitation méthodique qui mérite d’être décrit. Nous n’avons pas à nous égarer en nous confiant à l’expérience des Chinois ; d’impérieuses nécessités leur ont appris depuis plusieurs siècles à éliminer le médiocre et à prendre le maximum des produits où il se trouve. Un missionnaire qui a fait un long séjour dans le’ Céleste-Empire, l’abbé Huc, a donné sur l’aménagement des pêcheries chinoises des détails qui, tout en laissant beaucoup à désirer pour les applications à faire en Europe, sont pleins d’un véritable intérêt. « Voici, dit-il, ce qui se pratique dans