Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/324

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


équivalent à celui des bonnes, et cet avantage, atténué, il est vrai, par des inconvéniens qu’il serait trop long de discuter ici, est déjà un indice de l’économie avec laquelle se produit la chair du poisson. D’un autre côté, pour peu qu’on se rende compte des quantités de substances alimentaires nécessaires à la formation d’une quantité déterminée de cette chair, on entrevoit qu’aucun animal domestique ne s’assimile mieux que le poisson la nourriture qu’il absorbe. Il ne perd par la respiration, la transpiration et les excrémens que des quantités insaisissables ; à cet égard, il est fort en avance sur les animaux terrestres. Il n’a pas été fait, que je sache, beaucoup d’expériences directes sur ce sujet ; mais malgré les variations que doit comporter la diversité des espèces, les présomptions dont est accompagné le fait général font pressentir que des preuves définitives ne tarderont pas à les remplacer.

Tout le monde sait que les rations journalières que reçoit le bétail se divisent dans leurs effets sur l’économie animale en deux parts : l’une maintient la vie de l’animal en ce sens qu’elle suffit pour en arrêter le dépérissement ; l’autre ajoute à son poids, à ses forces, à ses facultés, ou, en d’autres termes, se convertit en chair, en lait, en laine, en capacité de travail. On estima qu’en général, chez les mammifères, la ration de simple entretien entre pour près de moitié dans la ration totale avec laquelle ils donnent leur maximum de produit utile. Il suit de là qu’un animal dont le maintien n’exigerait que le tiers ou le quart de cette quantité l’emporterait de beaucoup sur ceux que nous connaissons : le plus avantageux à élever est évidemment celui qui se contente de la moindre ration d’entretien. — Le poisson serait-il dans ce cas ? — On voit souvent dans des viviers ou dans des vases portatifs des poissons passer des semaines et des mois sans recevoir d’alimens et sans paraître en pâtir. Le froid supprime dans le poisson le besoin, pour ne pas dire la faculté de manger. Quand un genre est constitué pour traverser des épreuves auxquelles succomberaient les autres, il est permis de supposer que chez lui l’entretien exige fort peu, et que près de la totalité de la nourriture absorbée tourne en accroissement de la substance de l’animal. La prodigieuse rapidité de la croissance de beaucoup de poissons vient à l’appui de cette conjecture. L’étude attentive d’un pareil fait se recommande d’elle-même à la science et à l’économie domestique, et elle n’est heureusement au-dessous de la portée d’aucun naturaliste, ni au-dessus des facultés d’aucun ménage : L’éducation du ver à soie doit en Europe ses procédés les plus sûrs, ses pratiques les plus fécondes, à la finesse et à la patience d’observation des femmes ; un rayon d’instinct maternel semblé éclairer les soins dont elles entourent des êtres recommandés à leur sollicitude par leur propre faiblesse. Il en sera de même dans les