Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/418

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Ainsi compris, le milieu est quelque chose de très complexe sans doute, et il arrive souvent que nous ne pouvons en distinguer tous les élémens. Souvent aussi l’action que ceux-ci exercent est tellement indirecte que, même lorsque nous sommes certains de leur existence, nous méconnaissons leur influence, et que les relations de cause à effet nous échappent. Enfin, tous les élémens du milieu agissant à la fois, leur action se traduit nécessairement par une résultante très composée, et il est presque toujours impossible d’attribuer à chacun la part exacte qui lui revient dans l’effet total. Ce n’est guère que lorsque l’un de ces élémens prédomine d’une manière marquée qu’on peut remonter jusqu’à lui. Il est alors possible parfois d’interpréter les phénomènes en s’appuyant sur les lois de la physiologie et de rattacher les effets aux causes. Ces lois font comprendre, par exemple, pourquoi le pelage des animaux devient plus fourni dans les pays froids, plus rare dans les pays chauds. Néanmoins, à côté de ces faits qu’elle éclaire, la physiologie en rencontre beaucoup d’autres qu’elle ne saurait expliquer. Les nierons-nous pour cela ? Ce serait agir d’une manière peu scientifique. Notre devoir est de les recueillir, de les enregistrer, et de compter sur l’avenir pour suppléer à notre ignorance. Contentons-nous pour le moment de reconnaître que l’influence du milieu n’est pas niable, et que, par son mode d’action général, il rentre dans les limites de notre savoir actuel.

En effet, tout individu, pour pouvoir pleinement se développer, doit être en harmonie complète avec les conditions d’existence, avec le milieu où il vit ; toute espèce, pour se propager et s’étendre, doit satisfaire à la même exigence. Du moindre désaccord entre ces deux termes résulte la souffrance pour l’individu, l’amoindrissement pour l’espèce. Bien que souffrant dans certaine limite, l’individu peut fournir sa carrière à peu près entière ; mais les effets du désaccord s’accumulant à chaque génération et s’aggravant par le fait de l’hérédité, comme on le verra plus tard, l’espèce ne saurait durer indéfiniment dans un milieu qui lui serait même très peu contraire. Il en serait d’elle comme du rocher que finit par user la chute incessante de faibles gouttes d’eau. Si l’espèce était absolument invariable, elle périrait nécessairement dans cette lutte prolongée où la puissance des conditions défavorables grandirait de toutes ses pertes et de sa faiblesse croissante. Lors donc qu’une circonstance quelconque aura produit le désaccord dont il est ici question, il faudra nécessairement, ou que l’espèce disparaisse au bout d’un temps donné, ou que l’harmonie se rétablisse. Les modifications que suppose cette dernière alternative porteront ordinairement sur l’espèce, qui, variable comme on l’a vu, réagira pour s’accommoder à des conditions nouvelles. Et voilà comment dans une multitude de circonstances