Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/430

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Heureusement nous sommes plus avancés pour d’autres espèces tout aussi importantes pour nous. Il n’existe, par exemple, aucun doute sur l’unité de l’espèce, ni sur l’origine de l’âne. Le type sauvage, l’onagre, se retrouve encore dans tout le sud-ouest de l’Asie et dans le nord-est de l’Afrique. Depuis le temps des premiers patriarches, il est domestique dans ces contrées, d’où il s’est répandu dans le monde entier. Lui aussi a remarquablement changé dans ces migrations ; mais ici, comme en tout, le pauvre âne a eu du malheur. Ses races n’ont jamais trouvé d’historien. Çà et là les voyageurs nous disent quelques mots des ânes mahrattes, dont ils comparent la taille à celle d’un chien de Terre-Neuve, des grands ânes qu’on envoie d’Arabie en Perse, où ils sont considérés comme des montures de luxe, et qui trottent à l’amble assez vite pour tenir pied à un cheval au galop ; mais ils sont toujours fort sobres de détails. Nos races européennes elles-mêmes sont à peine connues. Enfin Buffon, qui, s’est fait à si juste titre le défenseur de nos modestes grisons, ne dit rien de leurs grands frères du Poitou, et il a certainement fallu qu’on les appelât à la dernière exposition pour que la plupart de nos lecteurs se fissent une idée de leur haute taille, de leurs oreilles exagérées, de leur singulière toison. Toutefois il est facile de reconnaître que chez l’âne, comme chez les pigeons, les races passent insensiblement de l’une à l’autre, et que toutes aboutissent, par la dégradation successive des caractères acquis, à la souche première, dont elles conservent d’ailleurs les traits principaux, l’onagre.

Animal à la fois d’utilité et de luxe, le cheval est beaucoup mieux connu. Son histoire primitive n’en a pas moins présenté des difficultés sérieuses. L’existence de chevaux sauvages dans le centre de l’Asie n’a été mise hors de doute que dans ces derniers temps ; mais ce fait une fois démontré, presque toutes les difficultés ont disparu. Il explique en effet comment le cheval accompagnait les Aryas à l’époque où se composaient les hymnes du Rig-Véda, comment le Chou-King parle de lui et fait voir en lui toutefois un animal assez récemment importé, comment il a pu n’être connu en Égypte que bien longtemps après l’âne. D’autre part, la ressemblance des chevaux sauvages avec les tarpans, ou chevaux redevenus libres en Asie, démontre l’identité d’origine. À elle seule, cette circonstance répond aux théories émises assez récemment encore, et qui feraient remonter à six ou sept espèces primitives toutes nos races chevalines, car celles-ci passent des unes aux autres par séries aussi graduées