Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/483

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des attributions dont elle l’investit, que fait-elle ? Quelque temps avant de le créer, elle avait demandé à un des membres européens de faire un travail sur les attributions dont devrait être investi le conseil chargé de surveiller et de régulariser l’administration des finances ottomanes. Touché de cette marque de déférence, le membre de la commission fait une note et énoncé quelles doivent être les attributions de ce conseil. C’est cette note que copie la dépêche ottomane : il semble à la Porte que ce papier d’Europe sera bon pour attraper l’Europe et faire réussir un nouvel emprunt. Quant à rien faire de ce que demande la note, c’est-à-dire quant à créer une vraie autorité qui procède sérieusement et sincèrement à la réforme des finances turques, la Porte n’y pense pas un instant. Elle a vu que l’Europe aimait les constitutions, les décrets, les règlemens, et elle lui en expédie de temps en temps quelques liasses, heureuse si l’Europe veut bien en retour lui expédier un peu d’argent. Les dépêches de la Porte, ses règlemens et ses décrets sont une variété ingénieuse de son papier-monnaie.

Nous sommes, je crois, édifiés sur l’étendue et sur la réalité des pouvoirs du grand conseil des finances, du conseil qui, selon le prospectus de l’emprunt turc, « prépare les budgets des recettes et des dépenses de l’empire ottoman. » Voyons maintenant quelle est l’indépendance, quelle est la liberté de ses délibérations.

Il y a, comme on le sait, dans le grand conseil, des sujets de la Porte ottomane, les uns musulmans, les autres chrétiens. Ces membres ont-ils le droit d’avoir un avis, ou doivent-ils en tout cas penser comme la Porte ottomane ? Grave question dans toute assemblée, petite ou grande. — Dans une discussion récente, nous dit-on, Kiami-Pacha, après s’être entendu en turc avec le président du conseil, a ramassé, pour ainsi dire, du geste l’opinion des sujets ottomans, et est ainsi parvenu à assurer la majorité à une résolution qui n’avait même pas encore été discutée par les membres européens. — Voyant qu’on se passait d’eux si cavalièrement, il n’est pas étonnant que les membres européens, se soient décidés, après quelques mois d’expérience, à se retirer de ce conseil, qui n’est qu’une comédie jouée par la Porte à son profit devant l’Europe. Ils n’ont pas voulu continuer le rôle que leur faisait le gouvernement turc, non pas seulement celui de dupes, mais celui de dupeurs.

Peu de jours après, dans une question de cadastre, le rapporteur (c’était un membre sujet de la Porte) s’était permis une critique aussi méritée que modérée d’une mesure prise par le gouvernement. Ce même Kiami-Pacha, d’un ton hautain et dur, qui sentait le maître irrité, reprit ce sujet de la Porte, lui demandant comment un fonctionnaire de la Porte osait faire ainsi la critique de son gouvernement.