Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/486

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chaque jour de l’impuissance du conseil, ils continuaient cependant à y rester. Il y avait encore une épreuve à faire. Le conseil ou la commission avait, on s’en souvient, obtenu, après beaucoup d’efforts, des ébauches de budgets. Serait-ce le conseil qui examinerait ces budgets, qui les préparerait pour les soumettre à la sanction du sultan. Le prospectus de l’emprunt ottoman croit et dit que c’est le conseil qui prépare les budgets. Nous croyons au contraire que, sur cette question, le gouvernement turc a manifesté la pensée et la volonté qu’il a de rester ; malgré le conseil, dans les voies ordinaires, c’est-à-dire de laisser aux ministres le droit d’user sans contrôle des deniers publics.

Nous savons les efforts faits en vain par les membres européens du conseil pour obtenir ce droit d’examen et la résistance de Kiami-Pacha, celui qui ne permet pas aux rayas du conseil d’avoir un autre avis que le sien. Les budgets furent renvoyés aux ministres respectifs sans examen et sans contrôle. Cependant, comme il fallait pouvoir dire quelque chose à l’Europe et jouer devant elle une comédie d’économie, les ministres firent annoncer au conseil qu’ils avaient opéré sur leurs budgets une économie de 31,737,942 fr. Maintenant sur quels chapitres et sur quels articles étaient opérées ces réductions ? On n’en dit rien au conseil, et les ministres ne se sont pas donné la peine de s’en rendre compte. Il suffisait pour la mise en scène d’énoncer un chiffre. Cette économie de près de 32 millions sera-t-elle obtenue ? N’ira-t-elle pas s’engloutir dans les serghis où crédits supplémentaires que les ministres s’ouvrent à eux-mêmes quand il leur plaît ? Autre question, qui n’est pas bien entendu, de la compétence du conseil.

De quelque côté donc qu’on ait tenté des efforts pour constituer un contrôle supérieur de l’emploi des deniers publics, les membres européens du conseil ont échoué ; ce qui veut dire que le gouvernement ottoman, ne ratifiant pas ce qu’il a annoncé aux chancelleries européennes, et laissant même de côté l'iradé impérial visé dans le hatt-Humayoun de 1856, entend que les ministres conservent comme par le passé l’omnipotence en cette matière.

Il est temps d’arriver à notre conclusion sur les renseignemens que nous avons reçus. Cette conclusion est grave et triste. Je la divise en trois parties distinctes : la partie personnelle, la partie morale, la partie financière.

Les membres européens du conseil, M. Falconnet, représentant de l’Angleterre, M. le marquis de Plœuc et M. Devaux, représentons de la France, convaincus, par les diverses épreuves que je viens d’indiquer, que leur présence ne pouvait plus être utile, ont pris le parti de se retirer. Je ne sais pas ce qu’a fait M. Lakenbacher, représentant