Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/488

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fonctionnaires ne sont pas payés, l’armée et la marine pas davantage ; chaque jour le gouvernement aliène ses revenus à venir, et bien que le conseil des finances n’ait point encore pu obtenir un état tant soit peu certain indiquant jusqu’à quel point les derniers revenus sont engagés, les membres européens croient qu’une grande partie de ceux de l’année prochaine ne sont déjà plus à la disposition du trésor public. Ici nous touchons à la conclusion financière ; nous nous contenterons d’extraire de nos lettres quelques chiffres que nous mettrons en regard de ceux qui sont contenus dans le prospectus de l’emprunt ottoman, ne serait-ce que pour montrer combien la différence des renseignemens et des points de vue influe sur les chiffres.

Selon nos correspondans, les recettes du budget ottoman sont de 286,187,007 fr., les dépenses de 293,721,909 fr. ; le déficit est de 7,534,902 fr.

Selon le prospectus, le produit de toutes les taxes ou impôts s’élève en francs à une somme d’environ 275 à 300 millions ; le budget des dépenses ne s’élève qu’à 258,900,000 francs. Nos lettres montrent un déficit, le prospectus indique un excédant.

La différence d’énonciations entre nos lettres et le prospectus est encore plus grande en ce qui touche la dette consolidée et la dette flottante.

Selon nos correspondans, la dette flottante est à peu près de 462 millions de francs et la dette consolidée de 846 millions ; — total : 1 milliard 308 millions.

Selon le prospectus, l’ensemble de toutes les dettes de l’empire ottoman s’élève en capital à 774 millions de francs, — Cette somme, dit le prospectus, représente des titres dont les uns ne portent pas intérêt, et dont les autres produisent des intérêts à divers taux, de sorte qu’en résumé les annuités nécessaires pour le service total de la dette ne s’élèvent qu’à environ 45 millions, non compris l’amortissement, soit environ 16 pour 100 des revenus généraux. Pour apprécier l’exiguïté d’une pareille dette dans un empire comme la Turquie, il suffit de se rappeler que la dette de l’Angleterre dépasse 18 milliards, que celle de l’Autriche est d’environ 5 milliards, etc.

On voit que la différence sur la dette entre notre correspondance et le prospectus est de 534 millions. Ce qui fait surtout cette différence, c’est que le prospectus n’évalue la dette consolidée qu’à 310 millions, tandis que nos lettrés l’évaluent à 846 millions.

Est-ce à cause de cette diversité de chiffres que nos lettres et le prospectus arrivent à des résultats si différens, quand il s’agit de trouver quel est le remède applicable aux finances de la Turquie ?