Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/586

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Il est bien vrai que le christianisme, lorsqu’il apparut, n’était point nouveau, si ce n’est par le personnage divin en qui il se réalisait, c’est-à-dire par sa forme historique ; il est bien vrai que tous ses dogmes reposaient déjà dans les croyances, les cultes et les mystères de l’antiquité. L’antiquité était dogmatiquement chrétienne, quoique sous des personnifications diverses ; elle était donc déjà fort préparée, par ses propres pensées et indépendamment de toute influence juive, à recevoir le christianisme. C’est là une véritable révolution dans la manière de s’expliquer l’établissement de la religion de Jésus-Christ. Bossuet, dans l'Histoire universelle, n’avait aperçu qu’une préparation extérieure, matérielle, politique de l’Évangile, par l’unification providentielle de l’empire romain. Ici c’est une préparation interne d’une tout autre nature. Non-seulement la place lui était ouverte, mais l’essence de sa doctrine était d’avance partout. Il y a, de l’antiquité païenne au christianisme, développement, épuration, mais aussi continuité. Je le répète, ceci change tout le caractère des origines chrétiennes. Jusqu’alors, en effet, comment les historiens de l’église en avaient-ils exposé la naissance et la propagation ? Comme un miracle, le plus grand, le plus évident de tous, pouvant seul tenir lieu de tous les autres pour forcer la conviction, ils creusaient entre l’antiquité païenne et l’église, surtout entre les dogmes de l’une et de l’autre, un abîme, afin qu’il parût miraculeux de l’avoir franchi. Au contraire, dans la nouvelle perspective, ce miracle s’évanouit tout à fait. L’identité du dogme une fois admise, l’obstacle le plus sérieux est détruit : il n’y a plus incompatibilité, mais bien « développement, épuration ; » tout est dans ces deux mots. Ce n’est pas tout. Le système n’a encore donné qu’une secousse en passant ; mais l’ébranlement se propage, et tout le détail s’en ressentira. Ce grand miracle détruit, et la continuité reconnue dans l’élément essentiel, c’est-à-dire dans le fond même des croyances, on voit bien mieux les autres causes accessoires qui ont favorisé l’établissement de la nouvelle religion ; les antécédens se multiplient ; dans la décrépitude même de l’ancien monde se révèlent des causes de renouvellement presque infaillibles ; les anneaux de la chaîne des temps, brisés par les coups d’éloquence de l’apologie, reparaissent et se renouent ; il s’introduit enfin, même dans la littérature catholique, un examen plus libre de l’histoire, qui emprunte au rationalisme tout ce qui est conciliable avec les réserves de la foi. »

Ceci n’est plus une simple conséquence logique ; c’est un fait. Un livre a paru de nos jours, qui réalise, avec bien des restrictions sans doute, mais avec un succès d’autant plus certain et une influence d’autant plus durable, ce que nous venons de dire. C’est l'Histoire de l’église et de l’empire romain au IVe siècle, de M. Albert