Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/585

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la critique naissante dans Richard Simon, dut aussi condamner les concessions si nécessaires des jésuites. Dans sa doctrine de fixité, lui aussi avait raison. Que pouvaient être pour l’auteur de l'Histoire des Variations cette association inouïe des cultes païen et chrétien, et cette identification de leurs dogmes, sinon une monstrueuse nouveauté, où la foi strictement chrétienne se trouverait subordonnée à quelque chose de plus universel, où la lumière ne viendrait plus d’un même foyer, où Confucius devenait un précurseur du Christ au même titre que Moïse ? Aussi vit-il, dès qu’il eut le loisir de s’occuper de cette affaire, ce qu’il y avait au bout de tout cela : une religion toute rationnelle, qui pouvait bien admettre comme une de ses formes le christianisme, mais qui n’était pas lui. « C’est cet esprit, écrivait-il à M. Brisacier, supérieur des missions étrangères, qui règne en Angleterre et en Hollande très visiblement, et qui, par malheur pour les âmes, ne s’introduit que trop parmi les catholiques. » Qu’en résulterait-il, si ce n’est l’indifférence pour les religions particulières, et la possibilité du salut dans toutes ? « La volonté générale de Dieu étant de sauver tous les hommes, la religion véritable aura donc pu être dans tous les peuples, et comme cette volonté subsiste toujours, il en sera du temps présent comme de celui qui a précédé l’Évangile ?… C’est une fausse miséricorde et une fausse sagesse, s’écrie-t-il, qui inspirent à certains savans l’inclination d’étendre la vraie religion sur plusieurs peuples autres que celui que Dieu même a choisi, et d’obscurcir la sainte rigueur qui peut convaincre l’homme par sa propre expérience de son aveuglement, afin qu’il soit plus capable de comprendre d’où lui venait la lumière. »

On le voit : cette controverse de la fin du XVIIe siècle n’est autre que celle qui s’est réveillée de nos jours. Aux deux époques, à Pékin et à Paris, une même cause la suscite, la nécessité de se faire écouter d’un auditoire réfractaire aux méthodes usitées ; une même conception en sort, celle de prendre, pour base la tradition universelle et de rendre la religion plus compréhensive ; et quant aux conséquences, Bossuet vient de les indiquer d’avance pour notre temps comme pour le sien. Mais de nos jours combien elles vont plus loin ! combien elles sont plus vastes ! Que le croyant de l’immobilité s’en épouvante, c’est tout simple ; elles ne sauraient effrayer au même point celui qui croit au progrès religieux et à l’appropriation, variable selon les temps, des vérités divines aux aptitudes humaines. Quelles sont-elles donc aujourd’hui ? Nous allons les résumer en une seule qui comprend tout. Le christianisme est relié à l’antiquité. Il était en elle, et elle s’est fécondée en lui. Dès lors le point de vue historique est changé, et le dogme transporté sur une autre base. « Il est donc bien vrai qu’il n’y a qu’un seul Jupiter, qui est le dieu suprême… »