Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/589

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raison en est dans l’institution de l’église, c’est-à-dire dans l’organisation, principe d’unité, de stabilité et de mouvement, combinaison profonde, « qui dépasse, dit M. de Broglie, le type des plus savantes constitutions politiques ; Dieu en a fait la plus solide, la mieux pondérée des sociétés de ce monde, » et c’est ici encore « par la perfection de l’œuvre humaine qu’éclate l’intervention divine. » Le danger aurait été grand sans doute sans cette prompte organisation ; on le voit dès l’origine par les apôtres mêmes, dont les tendances et les aptitudes étaient fort diverses. Pierre à l’esprit jaloux du Juif ; il ne veut pas que les gentils soient reçus dans l’église, il veut garder les pratiques de l’ancienne loi, Paul au contraire met constamment en opposition la loi et la foi, loi des esclaves, foi des fils, la circoncision du cœur et celle de la chair. Il fait tomber la barrière mosaïque, il fonde l’universalité, la catholicité : plus de Juifs, plus de gentils, plus d’esclaves, tous un en Jésus-Christ. Jean est le métaphysicien : il expose la nature intime de Dieu, le verbe, la génération divine, toute une genèse nouvelle. Pierre est un Juif à l’esprit sacerdotal, Paul un citoyen romain, « moins curieux de métaphysique que de morale et de mystères que de devoirs ; » Jean est un Oriental qui a vécu parmi les symboles, les systèmes théogoniques, les magiciens, les prêtres de Cybèle et d’Astarté ; pour ces esprits amoureux d’allégories, d’initiations, de mysticisme, il développera une métaphysique chrétienne. Ces trois hommes auraient suivi trois voies différentes et probablement fondé trois sectes ; mais la présence de l’église les ramène dans le cercle, car Jésus, en même temps que, par le fait seul de sa vie, il posait le dogme, constituait l’organisation. Dès les premiers temps, on trouve les douze, puis la distinction des évêques, des prêtres, des diacres, des laïques. L’Ancien-Testament était peu lu, les Évangiles n’étaient pas encore écrits : les premiers convertis étaient plutôt des cœurs chauds que des intelligences subtiles ; mais le sacerdoce était là, parole vivante, autorité, unité. À mesure que la société s’étendait, chacun, selon son esprit, son caractère, sa nation, la secte d’où il sortait, cherchait à la pousser dans son sens : les gnostiques y introduisent leurs œons, les alexandrins leur métaphysique ; Origène va trop loin en allégories, Tertullien en morale ; mais il s’élève dans l’église de puissans organes, tels qu’Irénée, qui en appellent toujours à l’organisation, à l’autorité, à la fixité. Les forces individuelles se disciplinent, et malgré les tendances non contraires, mais diverses de l’église grecque et de l’église latine, qui devaient se prolonger longtemps encore et malheureusement s’aggraver, le concile de Nicée parvient enfin à décréter le symbole en même temps qu’il constate par ce grand acte l’institution du pouvoir.

Restent les persécutions. Comment, disait-on jadis, le culte nouveau