Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/634

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il nous faudra signaler chez les animaux des modifications qui se traduisent seulement par des phénomènes relevant de ce principe indéterminé qu’on a appelé âme animale, et qui préside chez eux aux actions instinctives ou raisonnées. Nous aurons à montrer que ces modifications psychologiques deviennent héréditaires tout aussi bien que les modifications organiques et physiologiques, que par conséquent elles aussi constituent de véritables caractères de race.

Et d’abord rappelons que sous le rapport des formes générales il y a parfois entre les races d’une même espèce des différences telles qu’à première vue, et même après un examen sérieux, tout naturaliste ignorant leur origine commune n’hésiterait point à les séparer. Du lévrier au barbet, du bouledogue au chien courant et au bichon, la distance est telle qu’il est inutile d’insister sur ce point ; mais qu’on ne l’oublie pas, ces variations dans la taille et la proportion ne font que traduire au dehors des modifications bien plus profondes. Dans le premier cas, tous les organes internes, les viscères comme le squelette sont en réalité atteints ; dans le second, les altérations peuvent n’intéresser que certaines parties, sans être pour cela moins réelles. Les modifications dont nous parlons ici se rattachent donc à des changemens anatomiques. Il en est de même de la multiplication, de la réduction, de la disparition des plumes, des poils, des cornes, etc., productions qu’on regarde généralement comme appartenant à la peau, et qui n’en sont pas moins en relation directe avec les systèmes les plus importans de l’organisme. Toutes sont le produit d’organes parfaitement distincts et toujours plus ou moins compliqués. Chaque poil par exemple sort d’une poche profonde, assez semblable à un flacon, à goulot étroit et très long dont les parois présentent une structure particulière. Au fond de cette poche fait saillie le bulbe proprement dit, l’organe essentiel qui produit le poil. Sur les côtés du goulot sont placées des glandes spéciales chargées de sécréter une matière grasse qui enduit le poil au passage, comme une pommade naturelle, et l’empêche d’être trop fragile. Des artères, des veines, des nerfs spéciaux se distribuent à cet ensemble de parties, les nourrissent et les animent.

Pour qu’un animal acquière un poil de plus, il faut qu’un appareil semblable à celui que nous venons de décrire sommairement s’organise et se complète ; pour que ce même animal perde un seul de ses poils, il faut que l’appareil entier disparaisse avec tout ce qui le constitue ; pour que les poils deviennent plus longs ou plus courts, plus grossiers ou plus fins, il faut que le mode de vitalité de tous les appareils piligènes soit modifié. S’il s’agit des cornes, les changemens seront à peu près de même nature, mais plus graves et plus profonds. Dans toutes les espèces à cornes persistantes, la couche