Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/639

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entouré de chiens qui aboyaient, apprit fort bien à faire comme eux.

En résumé, des fait que nous venons d’indiquer et d’une foule d’autres de même nature, il résulte que dans les animaux et les végétaux l’espèce peut présenter des variations anatomiques et physiologiques, que chez les animaux il existe en outre des variations psychologiques, que toutes ces variations peuvent devenir héréditaires, qu’alors elles caractérisent autant de races. Chez l’homme aussi, on constate d’un groupe à l’autre des différences anatomiques, physiologiques, psychologiques. Sur quoi pourrait-on s’appuyer pour admettre que chez lui ces différences ont une valeur plus grande que dans tous les autres êtres organisés, qu’elles caractérisent ici non plus des races, mais des espèces, Evidemment ce serait aller contre toutes les règles de l’analogie. Nous sommes donc autorisé à conclure toutes les règles de l’analogie. Nous sommes donc autorisé à conclure que par leur nature les différences signalées entre les groupes humains ne viennent en aucune façon à l’appui des doctrines polygénistes. Ces doctrines peuvent-elles du moins invoquer en leur faveur l’étendue des variations indiquées par ces différences ? C’est là ce que nous allons examiner.


III. — ETENDUE DES VARIATIONS DANS LES RACES ANIMALES ET DANS LES GROUPES HUMAINS.

En comparant ce qu’on écrit sur la question que nous allons traiter les botanistes et les zoologistes, on voit que les premiers estiment en général moins que les seconds la valeur de variations en réalité équivalentes. De leur part, il n’y a rien de surprenant dans cette façon d’agir. Plus les études d’anatomie et de morphologie végétales ont fait de progrès, plus elles ont tendu à restreindre le nombre des tissus et des organes élémentaires. Un certain nombre de botanistes s’accordent à ne voir dans une plante, dans un arbre quelconque, qu’un élément primitif unique, la cellule, qu’un organe fondamental également unique, la feuille. La cellule, par ses modifications multipliées, engendrerait tous les tissus, depuis la trachée la plus délicate jusqu’au ligneux le plus dur. De la feuille transformée de cent manières résulteraient tous les organes végétaux et en particulier toutes les parties de la fleur, sépales du calice, pétales de la corolles, étamines et pistil. L’esprit du botaniste est donc familiarisé d’avance avec l’idée de changement, de métamorphose, et il transporte dans ses recherches sur l’espèce les habitudes qu’il a prises dans l’étude de l’individu. Il n’en est pas de même du zoologiste. Quoi qu’aient avancé sur ce point Schwann et les anatomistes qui ont adopté sa théorie cellulaire, il y a dans le règne animal, à l’origine des divers tissus, autre chose que des cellules [1].

  1. J’ai donné des détails sur la théorie de Schwann, et indiqué les raisons qui s’opposent à ce qu’on l’admette, dans la première de mes études sur les Métamorphoses livraison du 1er avril 1855). Tous les travaux faits depuis cette époque out confirmé les résultats généraux que j’exposais alors. Aujourd’hui la théorie cellulaire commence à être abandonnée en Allemagne même, où elle a régné pendant quelque temps sans partage. Au reste, un mouvement analogue s’est accompli dans les idées des botanistes, et les théories exclusivement cellulaires sont sérieusement ébranlées dans le règne même auquel elles paraissaient si bien s’appliquer.