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(c’est-à-dire la peau des trois extrêmes que présentent les groupes humains), avec tous leurs caractères les plus intimes, les plus profonds. — Essayons de donner une idée des faits d’où ressortent ces conséquences à la fois si importantes et si peu d’accord en apparence avec le témoignage de nos sens.

Pour, mieux nous faire comprendre, nous regarderons la peau, considérée dans son ensemble, comme composée essentiellement de trois couches : le derme, l’épiderme et le corps muqueux de Malpighi [1]. Le premier forme le cuir ou la peau proprement dite ; il est situé plus profondément et largement abreuvé de sang par une foule de vaisseaux ramifiés à l’infini. C’est à eux qu’il doit la teinte rouge qu’il présente à l’œil nu lorsqu’on le met à découvert ; mais si on l’examine à un grossissement suffisant, on aperçoit entre les mailles des réseaux vasculaires les tissus propres qui le composent, et ces tissus sont aussi blancs chez le nègre de Guinée que. chez l’Européen. — Tout à fait à l’extérieur se trouve l’épiderme, couche d’apparence cornée, composée de lamelles translucides plus ou moins intimement adhérentes entre elles, et dont la demi-transparence permet d’apercevoir la teinte générale des tissus placés au-dessous. Cette couche est encore entièrement semblable dans toutes les races.

C’est entre le derme et l’épidémie que se trouve placé le corps muqueux, siège de la coloration. Celui-ci se compose de cellules pressées les unes contre les autres, et superposées de manière à former un certain nombre de stratifications. Jusqu’ici encore tout est pareil chez le nègre et chez le blanc ; mais dans ce dernier le contenu des cellules même le plus profondément situées est, dans la plupart des régions du corps, presque incolore, et ne présente qu’une légère teinte jaunâtre : cette couleur se fonce chez les races jaunes et chez les blancs eux-mêmes, quand ils ont le teint brun ; chez le nègre enfin, elle devient d’un noir plus ou moins brunâtre. — On voit à quoi se réduit ce phénomène de la coloration diverse des races humaines. De l’une à l’autre, il n’y a pas apparition d’organes ou d’élémens organiques nouveaux ; il n’y a qu’une couleur qui, à partir d’un terme moyen, se fonce ou s’affaiblit, et passe d’une nuance à l’autre, de manière à devenir plus ou moins prononcée dans chacun de ces élémens.

Tel qu’il est néanmoins, ce fait pourrait être considéré comme ayant une valeur réelle dans la question qui nous occupe, s’il était

  1. Tous les anatomistes admettent l’existence de ces trois couches ; mais ils varient dans l’appréciation des rapports qui les unissent, et chacun d’eux les subdivise ensuite en un certain nombre d’autres couches secondaires. Il est inutile d’entrer dans ces détails.