Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 31.djvu/642

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


constant, c’est-à-dire si chaque teinte spéciale concordait toujours avec d’autres caractères plus importans propres à certains groupes humains ; mais il n’en est pas ainsi, et c’est surtout à propos de l’homme qu’on peut répéter ce que Linné disait à propos des fleurs : nimium ne crede colori [1]. Tous les hommes noirs ne sont pas des nègres : il en est parmi eux qui se rattachent, par une parenté incontestable et très proche, aux populations les plus blanches. Enfin, comme nous l’avons dit plus haut, l’Européen, l’Européenne, portent sur eux, sur diverses régions du corps, des échantillons, pourrait-on dire, de la peau caractéristique des principaux groupes humains. M. Flourens a parfaitement démontré que l’aréole mammaire ne doit sa couleur spéciale qu’à la présence d’une peau identique de tout point avec celle du nègre ; M. Kœlliker a retrouvé chez un Européen, et dans une région du corps difficile à nommer, une coloration des couches cutanées entièrement semblable à celle que lui avait montrée la tête d’un Malais ; M. Simon de Berlin a prouvé que les taches de rousseur et les grains de beauté ne sont autre chose que des points où, sans altération aucune, les cellules du corps muqueux sont colorées comme chez le nègre, etc. Que l’on ajoute à ce que nous venons d’indiquer certains autres faits bien connus, tels que la multiplication des taches de rousseur sous l’influence de la chaleur et du soleil, le développement du masque chez les femmes enceintes, etc. ; que de cet ensemble de données on rapproche certaines observations relatives aux changemens de coloration cités dans notre étude précédente, et certainement on devra conclure avec nous que les teintes diverses qu’offrent les groupes humains sont bien loin d’avoir en anthropologie la valeur qu’on leur a longtemps accordée et qu’on leur refuse généralement aujourd’hui.

Si nous examinions en détail les phénomènes de coloration que présentent les yeux, les cheveux ou même les parties plus profondes, nous arriverions aux mêmes conséquences. Les yeux bleuâtres, gris, châtains, sont loin d’être rares chez les nègres les mieux caractérisés ; des populations à peau parfaitement blanche ont très souvent les cheveux noirs ; quant à la couleur foncée du cerveau et de certaines membranes, dont on a voulu faire pour le nègre un signe distinctif, elle a été fort exagérée, et si elle existe dans certains cas, il n’y a là rien de constant. C’est ce que permettent d’affirmer les dissections, aujourd’hui assez fréquentes, qui se font dans nos amphithéâtres sur des individus appartenant à cette race. D’ailleurs cette coloration interne ne se rencontre pas seulement chez les nègres. Dans un travail récent, M. Gubler, résumant ses

  1. « Ne croyez pas trop à la couleur. »