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SAINT-DOMINGUE
ET
LES NOUVEAUX INTERETS MARITIMES DE L'ESPAGNE

Aucune terre lointaine n’a peut-être le privilège d’occuper plus souvent l’attention de l’Europe que la belle île de la mer des Antilles qui dresse ses cimes verdoyantes entre Cuba et Porto-Rico, l’ancienne Hispaniola de Colomb, que nous ne pouvons nous déshabituer encore de nommer Saint-Domingue. Si confus et parfois si étranges que soient les événemens qui s’y accomplissent, jamais ils ne manquent d’exciter vivement notre sollicitude. C’est qu’indépendamment des souvenirs qui se rattachent à ce pays et qui vibrent encore dans les cœurs, indépendamment de cette curieuse tentative de civilisation africaine dont il est depuis longtemps le théâtre infécond, Saint-Domingue constitue un point maritime du premier ordre, que les nouvelles évolutions de la politique de l’Europe peuvent, dans un temps donné, replacer à son rang. Chacun en a le sentiment, et voilà pourquoi toute révolution haïtienne ou dominicaine a pour nous un degré particulier d’intérêt au milieu des crises relativement plus graves qu’on voit se succéder dans les républiques hispano-américaines. Ce sentiment est encore bien peu raisonné toutefois, s’il faut en juger par les impressions qui se manifestent au sujet du retour à son ancienne métropole de la partie espagnole de l’île, connue depuis ces dix-huit dernières années sous le nom de République-Dominicaine [1]. N’avons-nous pas entendu invoquer le droit international de l’Europe aussi bien que la doctrine

  1. Le manifeste de l’indépendance porte la date du 16 janvier 1844.