Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 36.djvu/257

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Reine, comme si rien n’était survenu dans la destinée de cet artiste distingué ! Nous n’insisterons pas davantage sur cette réapparition tardive de M. Roger sur un théâtre où il a obtenu, il y a vingt ans, de si beaux succès. Non content d’avoir repris les Mousquetaires de la Reine, dont la musique entortillée est de M. Halévy, l’Opéra-Comique a donné récemment le Postillon de Longjumeau, qui remonte à l’an de grâce 1836. Adolphe Adam en est le coupable, mais on peut pardonner quelques fautes à la mémoire du facile et spirituel compositeur qui a fait le Chalet. Ce qu’il faut dire néanmoins, c’est que la musique du Postillon de Longjumeau est triviale et platement écrite, et qu’on y désire à chaque instant une bonne modulation, qui relève un peu ce verbiage de lieux-communs. M. Montaubry chante avec talent le rôle de Chapelou, qui fut créé par M. Chollet : il dit surtout avec goût la romance Assis au pied d’un hêtre ; mais je préfère Mme Faure-Lefebvre, qui dans le rôle de Madeleine est piquante. Je ne sais ce que l’Opéra-Comique prépare pour nos plaisirs de cet hiver ; mais il est à désirer qu’on y représente autre chose que Marianne, opéra en un acte de M. Théodore. Ritter, qui joue si bien du piano.

Le Théâtre-Lyrique, qui vit toujours modestement, a rouvert ses portes le 1er septembre, sans faire beaucoup de bruit. On y a repris la Statue, cette œuvre ingénieuse de M. Reyer, et le Bijou perdu, d’Adolphe Adam, avec la grâce facile de Mme Cabel, qui est revenue à ses premières amours. Ils sont loin les jours heureux où Mme Cabel, en chantant l’air des Fraises, avait surpris la bonne foi du public parisien, qui crut un moment avoir trouvé une cantatrice selon son cœur. Nous fûmes alors seul de notre avis, en disant que Mme Cabel ne serait jamais qu’une jolie et agréable bouquetière dont il ne fallait pas compromettre l’avenir par des éloges extravagans. Il n’y a pas dix ans de cela, et aujourd’hui tout le monde est plus que de notre avis. On attend monts et merveilles de l’administration du Théâtre-Lyrique, quand elle pourra prendre possession de la nouvelle salle qu’on lui a construite sur la rive droite de la Seine. Il paraît qu’on n’avait oublié qu’une chose dans ce beau monument, qui témoignera devant les races futures de notre goût et de notre prévoyance : on avait oublié la place nécessaire aux décors et aux loges intérieures des artistes !

Devons-nous tenir compte au Théâtre-Lyrique de l’opéra fantastique en trois actes qu’il vient de donner sous le titre du Neveu de Gulliver ? L’histoire se passe dans la lune et n’en est pas plus amusante pour cela. La musique de cet opéra-ballet est de M. Lajarte, dont ce n’est pas le premier péché. Auteur déjà de Mam’zelle Pénélope, M. Lajarte procède d’Adolphe Adam ; sa musique est facile, mais plate et sans la moindre prétention au style et au sentiment. Il y a cependant du talent dans les trois actes du Neveu de Gulliver, et si l’ouvrage avait été mieux monté, peut-être pourrions-nous signaler un morceau d’ensemble au second acte, un quintette avec chœur assez habilement conduit. Tout l’intérêt de la pièce consiste dans les évolutions d’un corps de ballet féminin et dans les débuts d’une ballerina, Mlle Clavelle, qui ne manque pas d’audace. M. Jules Lefort, un chanteur agréable de salon qui possède une voix de baryton aspirant au ténor par quelques notes flûtées avec lesquelles il a tant soupiré la plaintive