Page:Revue des Deux Mondes - 1861 - tome 36.djvu/94

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Cette ville est dans une situation des plus heureuses ; au pied d’une haute montagne, le Morne-Blanc, qui s’élève à 450 mètres, et dont les contre-forts sont plantés de filaos et de cocotiers, vertes forêts qui s’étendent jusqu’au bord de la mer. La rade de Victoria est des plus belles et toujours sûre ; elle offre un bon mouillage : aux navires qui fréquentent ces parages, entre autres les baleiniers américains, et sert de port de relâche aux vapeurs de la compagnie orientale. Le pays est remarquable par sa température toujours égale et douce, et c’est un lieu de guérison pour les malades de Maurice. Les nègres des Seychelles, importés au temps de la traite, où la position de ces îles favorisait singulièrement les opérations des négriers, sont renommés pour leur taille et leur force ; mais ils sont nonchalans et très peu amis du travail sous ce climat d’une beauté exceptionnelle, qui fournit à l’homme, sans qu’il se donne aucune peine, tout ce dont il peut avoir besoin.

L’archipel des Seychelles se trouve sur la route d’Aden, station centrale des vapeurs anglais dans l’Océan-Indien, et sur celle de Mascate et de Zanzibar, avec lesquels la colonie de Maurice entretient des relations très actives. Le commerce de Maurice avec La Réunion est aussi très suivi. Enfin les négocians de Port-Louis envoient leurs navires vers les îles voisines, Rodrigue et Agalega, d’où l’on retire surtout de l’huile de coco. Citons, pour terminer, les îles Saint-Paul et Amsterdam, tout à fait au sud de l’Océan-Indien, par 38 degrés de latitude, et où des bateaux de Port-Louis vont chercher du poisson salé. Ces îles appartiennent également à la France et à l’Angleterre, car les colonies anglaises en revendiquent la possession, tandis que les habitans se regardent comme dépendans de l’île Bourbon : adhuc sub judice lis est. On rencontre dans ces îles des sources froides à côté de sources bouillantes, phénomène curieux que la nature volcanique de ces terrains permet d’expliquer, et qui se retrouve pareillement à La Réunion.

Pour donner une idée précise du mouvement commercial de l’île Maurice, nous allons présenter quelques chiffres significatifs. En 1857, il est entré à Port-Louis 728 navires, jaugeant 271,000 tonneaux. Un tiers de ces navires étaient étrangers, les deux autres tiers appartenaient à l’Angleterre. Malgré cette prospérité, l’intérêt commercial se maintient à 12 pour 100 et l’intérêt civil à 9 ; l’élévation de ce taux est due à la rareté du numéraire dans le pays. Cette rareté est plus grande encore à La Réunion, où l’on a été obligé d’introduire des pièces d’argent de bas aloi, auxquelles on a donné un cours au-dessus de la valeur intrinsèque, et où l’on a rendu le papier-monnaie presque obligatoire dans, les transactions. Aussi, quand on considère l’état relativement inférieur de notre colonie,