Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 37.djvu/401

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Comme le Maine et l’Anjou, le Poitou et la Vendée furent dévastés par la guerre civile. Ces malheureuses provinces ne commencèrent à respirer que sous le consulat.


V. — AUNIS ET SAINTONGE.

La Bretagne étant pays d’états, la généralité de La Rochelle est la dernière de l’ouest qui dut recevoir une assemblée provinciale. Instituée en 1694 par Louis XIV, cette généralité comprenait les deux anciennes provinces d’Aunis et de Saintonge avec une partie de l’Angoumois, ou le département actuel de la Charente-Inférieure et une partie de la Charente. Elle se divisait en cinq élections, qui forment aujourd’hui huit arrondissemens, La Rochelle en Aunis, Saintes, Saint-Jean-d’Angely et Marennes en Saintonge, Cognac en Angoumois. Les nouveaux chefs-lieux sont Rochefort, Jonzac et Barbezieux.

D’après le règlement fait par le roi, l’assemblée provinciale devait se réunir le 7 septembre 1787 dans la ville de Saintes, et non à La Rochelle, chef-lieu de la généralité. Elle se composait de vingt-huit membres, dont quatorze nommés par le roi. Le duc de La Rochefoucauld, qui n’appartenait pas précisément à la Saintonge, mais à l’Angoumois, était nommé président. Il a été impossible de savoir si la réunion a eu réellement lieu ; les archives du département n’en contiennent aucune trace. Le duc de La Rochefoucauld s’y est certainement rendu, car voici ce qu’Arthur Young dit dans son Voyage, sous la date du 29 août 1787 : « Nous sommes arrivés à Barbezieux, au milieu d’une belle campagne bien boisée. Le marquisat ainsi que le château appartient au duc de La Rochefoucauld, que nous y avons rencontré ; il le tient du fameux Louvois, le ministre de Louis XIV. Nous avons soupé avec le duc. L’assemblée provinciale de Saintonge devant bientôt se réunir, il reste pour la présider. » De là Arthur Young se rendit au château de Verteuil, qui appartenait à la mère du duc.

Mais si nous ne savons pas exactement ce qui s’est passé à Saintes le 7 septembre, nous pouvons le présumer. Une rivalité ancienne séparait les deux provinces qui composaient la généralité. L’Aunis, qui comprenait les deux arrondissemens actuels de La Rochelle et de Rochefort, fier de ses anciens souvenirs d’indépendance et de lutte, prétendait toujours se constituer à part. À son tour, la Saintonge, qui avait trois ou quatre fois plus d’étendue, voyait avec déplaisir le chef-lieu à La Rochelle, et réclamait pour l’antique ville de Saintes le titre de capitale. Pour concilier autant que possible ces prétentions, le conseil du roi avait fixé le siège de l’assemblée