Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 38.djvu/148

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qu’il n’abuse point de ses pouvoirs ; mais s’il devient un tyran pour ses camarades, s’il les maltraite et les tourmente sans raison, il court grand risque de soulever contre lui une formidable révolte. N’avez-vous point entendu parler d’un de ces maîtres chiens qui fut tué et dévoré par ses sujets dans le chenil de M. Conyer, à Copthall ? — Non-seulement j’ignorais le fait, répondis-je, mais vous m’étonnez beaucoup ; ces chiens qui nous entourent ont l’air si doux, ils présentent si volontiers la tête à la main qui les caresse ! — Ne vous fiez pas entièrement à leur bonne figure ; le fox-hound, quoique docile et apprivoisé, conserve pourtant des instincts sauvages qui se réveillent quelquefois sous l’action de certaines circonstances. Il n’y a pas si longtemps qu’un gardien eut le même sort que le chien dont je vous parlais tout à l’heure. Si vous me demandez mon opinion, je vous dirai que je crois fermement qu’il avait eu des torts envers la meute. Ces mêmes animaux qui se révoltent si brutalement contre la force injuste et tracassière témoignent dans d’autres circonstances pour l’innocence et pour la faiblesse un respect touchant. Un des premiers sportsmen de l’Angleterre avait un petit enfant qui avait disparu de la maison et qu’on cherchait de tous les côtés, quand l’idée se présenta à l’esprit du père et de la mère qu’il s’était peut-être glissé dans les kennels. Cette idée fit naître les plus horribles inquiétudes, car on savait qu’il y avait alors dans un des départemens du chenil quelques chiennes très féroces qui avaient des petits et dont nul n’osait s’approcher. Quelles furent la joie et la surprise des parens, lorsque, entrés dans cette partie dangereuse des kennels, ils retrouvèrent l’enfant à cheval sur le dos d’une de ces chiennes farouches qui se laissait manier par lui avec la douceur et la complaisance d’un agneau ! »

Cette conversation avec le feeder sur la vie du fox-hound et sur les mœurs des kennels me laissait encore à connaître l’organisation économique de ces établissemens. Quelques meutes choisies ont été payées en Angleterre jusqu’à 2,000 guinées ; le prix ordinaire est pourtant de 500 à 1,000 livres sterling. Ce premier déboursé ne représente encore, avec la construction des chenils, que la moindre partie des frais ; ce n’est pas tout que d’acheter les chiens, il faut les entretenir et payer les hommes qui les soignent. Le nombre des fox-hounds qui composent une meute dépend de la nature de la contrée et de combien de fois par semaine a lieu la chasse. Ces deux circonstances introduisent, comme on le devine, les plus grandes variations dans le budget des dépenses. Le mieux est donc de donner des résultats généraux. Il existe aujourd’hui en Angleterre et dans le pays de Galles cent établissemens de chasse, sans compter ceux qui florissent en Ecosse et en Irlande. Eh bien ! chacune de ces cent meutes, entretenues soit par des particuliers très