Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 38.djvu/157

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ne serait plus un divertissement, si l’on était toujours certain de réussir ; il faut s’attendre à des mécomptes, je crois même qu’ils sont nécessaires de temps en temps pour tenir les hommes aussi bien que les chiens sur le qui-vive. Il y a, comme nous disons, des jours blancs et des jours noirs, la chance de gagner et la chance de perdre ; mais si les chiens se trouvent désappointés plusieurs semaines de suite dans la recherche du renard, ils finissent par se décourager et par perdre toute espérance. Malheur alors au master of fox-hounds, ses sacrifices, ses bonnes intentions, ses efforts, ne sauraient le mettre à l’abri des traits de la critique. Au lieu de lui savoir gré des dépenses qu’il a faites et des peines qu’il s’est données, ses voisins le déchirent à belles dents et le mettent en pièces, comme pour venger les chiens de n’avoir eu à mordre que le vide. Cette conduite peut vous sembler sévère, mais après tout n’est-ce point justice ? Toute prérogative entraîne des devoirs, toute dignité oblige. Celui qui entreprend de chasser dans une contrée, même à ses frais, est tenu de remplir ses engagemens ; or il est entendu qu’on attend de lui des connaissances et un caractère à la hauteur de la responsabilité qu’il assume. N’oubliez pas d’ailleurs qu’en principe la chasse appartient à tous, puisque tous y concourent dans une certaine mesure en permettant au renard de manger leur gibier et en ouvrant aux chasseurs les enclos ou les fourrés dans lesquels se réfugie la bête. Le maître n’est donc après tout qu’une sorte de mandataire qui doit à ses commettans du plaisir et auquel ces derniers sont en droit, jusqu’à un certain point, de demander compte des fautes qu’il peut renouveler par ignorance ou par faiblesse. Encore ai-je supposé jusqu’ici que la meute lui appartenait. Il n’en est pourtant pas ainsi dans tous les comtés de l’Angleterre, un bon nombre de meutes sont entretenues par souscriptions. Dans ce dernier cas, le master n’est en réalité que le chef d’une société en commandite. Ai-je besoin d’ajouter que ses fonctions deviennent alors bien plus délicates et bien plus difficiles à remplir, puisqu’il n’exerce en définitive qu’une autorité consentie et précaire sur le groupe de chasseurs qu’il représente ? »

En réfléchissant au portrait qui venait de m’être tracé par le sportman et aux nombreuses qualités que doit réunir un maître de chiens de chasse, je m’étonnai qu’il se trouvât beaucoup de gentilshommes en Angleterre pour briguer une charge ingrate, où il y a beaucoup de temps et d’argent à perdre, des connaissances pratiques à acquérir, et souvent, au bout de tout cela, un blâme sévère à rencontrer. Il se hâta de répondre à mes objections. « Je vois, reprit-il, que vous ignorez encore tout un côté de la vie dans nos campagnes. La chasse au renard est, a un certain point de vue, une institution