Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 38.djvu/158

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


politique. Tout gentilhomme campagnard a intérêt à être bien avec ses voisins et avec les fermiers de son district : or rien n’accroît la popularité d’un squire comme le respect qu’il témoigne pour un divertissement national auquel toutes les conditions sociales et tous les âges prennent en Angleterre un plaisir extrême. Le maître de chiens de chasse qui se montre poli envers les hommes de toutes les classes, qui envoie de temps en temps aux femmes de fermiers un cadeau de gibier pour compenser les pertes que les visites du renard ont causées dans la basse-cour, est presque sûr de se voir adoré dans son endroit et d’étendre ainsi le rayon d’une influence locale, laquelle repose avant tout sur la sympathie. L’un d’eux, qui est mort trop jeune, sir Harry Goodrick, s’était acquis dans son comté une renommée incontestable pour avoir dit un jour de chasse aux fermiers qui dans leur impatience encombraient le lieu de la scène : « Mes amis, vous avez autant le droit d’être ici que moi-même ; retirez-vous seulement un peu et restez tranquilles. » Comme les intérêts sont d’ailleurs réciproques, les paysans, les hôteliers et les fournisseurs n’ignorent point que la chasse au renard est une source de profits pour la localité. D’abord elle attire beaucoup de monde, ensuite l’entretien des meutes et des écuries occupe un grand nombre de bras et répand beaucoup d’argent dans les campagnes. Un autre avantage, et je mets celui-ci au premier rang, est que les établissemens de chasse engagent les nobles et les gentilshommes à vivre sur leurs terres. Quelle est après tout la grande plaie de l’Irlande ? C’est qu’une partie des notables propriétaires du sol ont déserté cette île malheureuse et dépensent ailleurs les richesses que produit la contrée natale. Il n’y a rien de semblable à craindre dans les campagnes de l’Angleterre où se chasse le renard ; le goût pour cet exercice, l’honneur d’être à la tête d’une meute et d’une armée de chasseurs, les sacrifices accomplis attachent les gentilshommes à leur résidence, surtout durant la saison de l’année où sans cela ils seraient le plus attirés par les plaisirs des grandes villes. D’un autre côté, la chasse crée entre le maître et les yeomen (gros fermiers), entre ceux-ci et les paysans, des rapports qui tendent à rapprocher les diverses conditions sociales. »

Le sportman s’était étendu sur les devoirs du master, parce que celui-ci est la tête d’une armée de chasseurs ; mais il m’apprit aussi que le fox-hunting s’appuyait sur le principe de la division du travail. Après le maître de chiens de chasse vient le huntsman, veneur. Ce dernier est un officier salarié par le squire dans les endroits où il s’en trouve un assez riche pour entretenir une meute à ses frais, ou bien par un système de souscriptions ! N’attendez