Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 38.djvu/162

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la journée du lendemain, et à présent cela lui suffit ; il sait parfaitement ce qu’il doit faire. Voyez-le, armé de sa bêche et d’une pioche, fourrer, à la clarté de la lune, des poignées d’épines, des broussailles ou des pierres à l’entrée des trous dans lesquels le renard pourrait chercher un asile et se moquer ainsi des chiens. Qui sera bien attrapé demain dans la matinée ? Ce sera le fin matois, qui, voyant tous les moyens de retraite fermés derrière lui, sera obligé de se jeter dans la plaine ouverte ou dans les bois, où il aura désormais à courir pour sa vie. Eût-il plusieurs domiciles dans le voisinage, il les trouvera tous verrouillés, et prendra malgré lui la clé des champs. Après la chasse, le earth-stopper recommencera un autre genre de travail, qui consiste à déboucher les trous ou les terriers de manière à laisser le moins de traces possible de son premier ouvrage de nuit. »

Le sportsman, après m’avoir fait connaître le personnel du fox-hunting, depuis le master jusqu’à l’earth-stopper, appela mon attention sur ce qu’il appelait le héros de la journée. Pour bien chasser, il faut un bon état-major, de bons chiens, de bons chevaux et un bon renard. Ceux qui n’ont jamais pratiqué les exercices du sport s’imaginent volontiers que tous les renards se valent ; c’est une grande erreur. Il y a d’abord les renards de sac (bag-foxes), qui viennent du continent, et dont les Anglais ne font aucun cas. Ces étrangers n’ont ni le feu ni le caractère sauvage des renards britanniques. Se trouvant d’ailleurs dépaysés, ne connaissant ni les ressources stratégiques de la nouvelle contrée où ils revoient la lumière en sortant du sac, ni les moyens de retraite, ni la limite des bois ou des vallées, ils n’opposent aux vrais chasseurs qu’une résistance misérable ; les chiens eux-mêmes les dédaignent. On a vu plus d’une fois, au moment où l’un de ces renards de sac était lâché, les meilleurs limiers de la meute refuser de prendre leur place habituelle à la tête du corps d’armée. En effet, de tels renards courent plutôt à la manière des lièvres, et ne sont bons, à défaut d’autres, que pour donner, comme disent les fox-hunters, du sang aux chiens de chasse ; encore ces derniers, quand ils ont goûté une fois un bon renard sauvage et bien portant, ne veulent plus toucher, même du bout des dents, à une pareille charogne (such carrion). C’est à l’intrusion des renards français dans la Grande-Bretagne que tous les chasseurs anglais attribuent depuis quelques années le déclin partiel d’un exercice qui se rattache si intimement à l’histoire et aux mœurs champêtres de nos voisins. Il y a ensuite les renards qu’on élève à la main en Angleterre ; mais ils ne valent guère mieux que les renards de sac, et l’on a beau les forcer ensuite à vivre dans un terrier, ils ne reprennent jamais le vrai caractère de leur race.