Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 38.djvu/401

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de cette province. La coalition d’Auvergne fut bientôt dissoute, et son vieux commandant réduit à errer d’asile en asile, presque sans ressources. Il fut rejoint par son fils et sa belle-fille, qui adoucirent pour lui les douleurs de l’émigration. Une main pieuse a recueilli ces souvenirs dans une notice sur Mine de Montagu, qu’on ne peut lire sans une émotion profonde. Cette jeune femme forcée à vingt-cinq ans de quitter son pays, perdant ses enfans l’un après l’autre dans les angoisses de l’isolement, apprenant d’un seul coup la mort de sa sœur, la vicomtesse de Noailles, de sa mère, la duchesse d’Ayen, et de sa grand’mère, la maréchale de Noailles, exécutées le même jour sur le même échafaud, tenant tête à tant de malheurs avec la résignation d’une piété fervente, créant au milieu de sa propre détresse l’Œuvre des Emigrés, et parvenant à force de zèle à secourir bien des infortunes : il n’y a pas de récit plus triste et plus consolant à la fois. Deux autres figures se détachent dans ce tableau de famille : l’une est sa sœur, Mme de La Fayette, si héroïque et si simple dans son dévouement à son mari ; l’autre est le général La Fayette lui-même, toujours calme, intrépide, inaltérable, assistant à la révolution comme à un naufrage qui ne doit pas dégoûter de la navigation, et conservant, sous les reproches ouverts ou tacites de ses compagnons d’exil, cette bonté affectueuse qui le rendait si séduisant dans l’intimité.


III. — BOURBONNAIS, NIVERNAIS ET MARCHE.

La généralité de Moulins[1], instituée en 1587 par Henri III, comprenait l’ancien Bourbonnais avec une partie du Nivernais et de la Marche ; elle se divisait en sept élections, qui aujourd’hui forment huit arrondissemens : Moulins, Gannat et Montluçon en Bourbonnais, Nevers et Château-Chinon en Nivernais, Guéret et Evaux dans la Marche[2]. De toutes les généralités, c’était peut-être la moins homogène ; le Nivernais ne lui appartenait pas tout entier, puisque l’élection de Clamecy dépendait de la généralité d’Orléans, et celle de La Charité-sur-Loire de la généralité de Bourges. L’élection de Gannat avait été démembrée de l’Auvergne en 1630. La Marche était coupée en deux, l’élection de Bourganeuf appartenant à la généralité de Limoges. Evaux était la capitale d’un petit pays particulier qu’on appelait la Combraille. Ce n’est pas sans raison que Guy

  1. Il n’existe aucun document imprimé sur les assemblées provinciales de cette généralité. M. de Magnitot, préfet de la Nièvre, et M. Genteur, préfet de l’Allier, ont bien voulu m’ouvrir les archives de leurs départemens ; je dois aussi des remerciemens à MM. Alary et Clairefond, membres de la Société d’émulation de Moulins.
  2. Evaux n’est plus aujourd’hui qu’un chef-lieu de canton ; les deux nouveaux arrondissemens sont La Palisse dans l’Allier et Aubusson dans la Marche.