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de froment récolté et l’étendue consacrée aux racines et aux fourrages. Il est donc intéressant de mettre en regard la situation de la Belgique sous ce rapport avec celle des deux pays voisins qui peuvent fournir les points de comparaison les plus connus et les plus instructifs. La répartition des cultures dans les provinces belges tient le milieu entre celle que pratique l’Angleterre et celle qui est suivie en France : elle vaut mieux que l’assolement français, ou les cultures améliorantes, y compris une énorme proportion de jachères qui ne produisent rien, occupent seulement le tiers du sol ; mais elle est inférieure à la répartition anglaise, qui n’accorde pas même un quart de la terre aux plantes épuisantes. Il faut cependant remarquer que l’infériorité de la Belgique sous ce rapport provient surtout du peu d’étendue relative des prairies naturelles, auxquelles le sol se prête peu. Elles n’occupent que le cinquième de la surface productive, au lieu de la moitié, comme dans les îles britanniques ; or c’est là un avantage énorme pour celles-ci, car cette grande proportion de bons herbages favorise l’entretien d’un nombreux bétail et par suite facilite singulièrement une exploitation rationnelle des terres arables. Toutefois, comme on le verra, il ne résulte point de cette situation pour la Belgique une infériorité correspondante dans la production, parce que le travail de l’homme peut compenser les désavantages naturels, et que les champs cultivés donnent généralement un produit brut plus considérable que les pâturages ordinaires.

Si l’on considère maintenant la qualité des céréales récoltées, on trouve que la Belgique le cède aux deux pays auxquels nous la comparons, car le froment n’y forme pas plus du tiers de la récolte totale, tandis qu’en France, et aussi à peu près dans le royaume-uni, il est relativement aux grains de qualité inférieure, seigle, avoine, dans la proportion de 2 à 3. La statistique officielle de 1846 portait la production moyenne annuelle de froment, épeautre et orge à 7 millions d’hectolitres, celle de seigle, méteil et sarrasin à 6 millions 1/2, et celle de l’avoine presque au même chiffre, ce qui fait en tout à peu près 20 millions d’hectolitres de grains de toute espèce, soit 7 hectolitres par chaque hectare de la superficie totale du pays. Ici, à son tour, la Belgique l’emporte notablement sur l’Angleterre et plus encore sur la France, car un calcul semblable ne donne pour la première que 5 et pour la seconde que 3 hectolitres à l’hectare.

Quoique les provinces belges soient de beaucoup le pays de l’Europe qui à surface égale fournisse le plus de grains, la population y est si agglomérée, — 153 habitans par kilomètre carré, — que la production alimentaire est insuffisante pour les besoins de la consommation. Elles exportent, il est vrai, certains produits agricoles,