Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 38.djvu/69

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autres un revenu de 130 à 130,000 francs et au-dessus. Trois cents personnes seulement avaient plus de 30,000 livres de rente en biens-fonds. Quoique les propriétaires soient très nombreux en Belgique, comme la rente totale est considérable, on arrive encore pour chacun d’eux à un revenu moyen de 211 francs. Il est vrai qu’il faut déduire de la rente totale l’intérêt d’une dette hypothécaire de 600 millions, ce qui fait tomber le revenu net à 127 millions pour l’ensemble du domaine agricole et à 173 francs pour chaque propriétaire.

On a remarqué en Belgique un rapport constant entre l’étendue des exploitations et le nombre des propriétaires qui font eux-mêmes valoir leurs biens. Ainsi dans les provinces de Namur et du Luxembourg les trois quarts des cultivateurs sont propriétaires de la totalité ou de la plus grande partie des biens qu’ils exploitent, et c’est aussi dans cette région qu’on rencontre le plus de fermes au-dessus de 20 hectares et le moins d’occupations inférieures à 1 hectare, tandis que dans les Flandres, où les cultures sont extrêmement petites, les quatre cinquièmes du sol sont mis en valeur par des locataires. La coïncidence qu’on a ainsi constatée tient à une cause générale qu’on peut observer ailleurs, et qui dépend en définitive de la densité plus ou moins grande de la population. Dans lés pays mal peuplés, la terre a peu de valeur, et il est possible à un grand nombre de personnes de conserver des domaines assez étendus ; d’autre part, les produits de la terre n’étant pas très demandés, le produit brut reste faible. Or, quand le produit brut est peu considérable, il ne suffit pas pour faire vivre à la fois un propriétaire et un locataire. Pour subsister, il faut que l’exploitant recueille tous les fruits que livre le sol, et qu’il ajoute la jouissance de la rente aux profits de la culture. De là vient qu’en Pologne, en Valachie, en Hongrie même, contrées très fertiles, mais médiocrement peuplées, le propriétaire est souvent forcé de faire valoir lui-même ses biens. Lorsque les produits du sol sont plus demandés et que la production agricole s’accroît, il est fait deux parts de celle-ci, et deux classes se superposent pour se les partager, l’une vivant de la rente, et l’autre des profits.

Une autre conséquence encore de la densité de la population, même dans les campagnes, c’est qu’on emploie beaucoup de main-d’œuvre pour obtenir le grand produit brut qu’on recueille. Le recensement officiel de 1846 indique le nombre de journées de travail employées à la culture du sol : il s’élevait à 27,500,000 journées d’homme, payées en moyenne 1 franc 13 cent., et 14,600,000 journées de femme à 70 centimes. En y ajoutant les gages et frais d’entretien de 107,000 domestiques de ferme et de 70,000 servantes,