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la méthode de Bakewell, une variété aussi recherchée pour la laiterie que celle de Durham l’est pour la boucherie.

Autant la Belgique est riche en gros bétail, autant elle est pauvre en moutons. Elle n’en possédait en 1846 que 662,000, soit 22 têtes par 100 hectares, chiffre inférieur de moitié à celui de ses bêtes à cornes. Proportionnellement la France en avait trois fois et les îles britanniques cinq fois plus. D’où provient cette grande infériorité ? Indique-t-elle une lacune que l’agriculture belge doit s’efforcer de combler ? Les faits répondent à ces questions. Loin qu’on voie augmenter le nombre des bêtes à laine à mesure que la culture se perfectionne, c’est le contraire qu’on remarque, car c’est pendant les périodes de progrès de l’agriculture que le nombre des moutons diminue le plus rapidement. De 1816 à 1846, la Belgique en a vu décroître le chiffre de 300,000 têtes, soit de 46 pour 100, et c’est pendant les dix dernières années, époque où le produit brut, la rente et la valeur des terres se sont le plus accrus, que la diminution a été le plus marquée. Celle-ci semble donc indiquer ou tout au moins accompagner, non la décadence, mais le perfectionnement de l’agriculture.

Un autre détail de statistique confirme cette observation. Ce sont précisément les provinces les mieux cultivées, les Flandres, le Hainaut et le Brabant, qui ont le moins de moutons. La place du mouton est dans la grande culture, où, sans amener par lui-même la création d’un très grand produit brut, il donne cependant du profit, parce que son entretien exige peu de frais, et dans ce système l’accroissement du nombre de bêtes à laine prouve la prospérité de l’agriculture ; mais, dès que les exploitations se morcellent, que la population rurale augmente et qu’il faut avant tout viser à obtenir un produit brut considérable, même au prix de beaucoup de main-d’œuvre, d’engrais, et en maintenant la terre constamment en culture, dès lors le mouton disparaît pour faire place à la vache nourrie à l’étable, qui exige beaucoup de soins, mais qui livre en comparaison énormément plus de fumier. La Lombardie, dont la production, plus grande encore que celle de la Belgique, est la plus riche de l’Europe, fournit une preuve nouvelle à l’appui de cette observation : on y compte proportionnellement beaucoup moins de moutons encore que dans les provinces belges qui en ont le moins, c’est-à-dire 1 tête par 16 hectares seulement. Pour avoir l’inventaire complet des animaux domestiques qui garnissent les exploitations, il faut ajouter aux chiffres déjà donnés un demi-million de porcs, nombre très considérable, et une centaine de mille chèvres. Si maintenant on prend l’équivalent du petit bétail en têtes de gros bétail et si on ajoute au chiffre ainsi obtenu celui qui