Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 38.djvu/72

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Elle possédait lors du dernier recensement général 1,203,000 têtes de gros bétail, soit une tête par 2 hectares 1/2 de superficie, tandis que les îles britanniques n’en avaient qu’une par 4 et la France une par 5 hectares. La Lombardie elle-même, malgré les nombreux troupeaux qu’elle entretient dans ses riches pâturages de la plaine, n’arrivait qu’à un chiffre moitié moindre, c’est-à-dire que sous ce rapport elle ne l’emportait pas sur la France. En vingt ans, de 1825 à 1846, le nombre des bêtes à cornes avait augmenté de plus d’un tiers en Belgique, et pendant cette période la progression avait été constante, preuve irrécusable de l’amélioration de la culture. Lorsqu’on examine en détail les données fournies par la statistique officielle, deux faits attirent aussitôt l’attention : le nombre relativement petit des bœufs, qui ne s’élevait qu’à 46,524, et la proportion très grande des vaches à lait, dont le total montait à 680,000. La comparaison de ces deux chiffres prouve clairement que ce qui donne le plus de profits aux fermiers, ce n’est pas la viande, mais le lait. On en voit la raison : partout où, pour nourrir les bœufs, on n’a ni de bons pâturages, ni les résidus des sucreries, des brasseries ou des distilleries, l’engraissement du bétail donne très peu de bénéfices. Or en Belgique la quantité des déchets nutritifs est, comme ailleurs, assez limitée, et les herbages assez nourrissans pour engraisser des bêtes à cornes sont très rares. Au contraire, même avec des prairies médiocres, pourvu qu’on supplée à leur insuffisance au moyen de légumineuses et de racines, on peut produire avec avantage du lait, du beurre et du fromage. Il est donc naturel que ce soit de ce côté que les cultivateurs tournent leurs efforts. La seule chose à désirer, c’est qu’ils persévèrent dans cette voie et qu’ils y avancent de plus en plus, en augmentant encore le nombre des bestiaux et en améliorant les espèces. Presque toutes les bêtes à cornes, sauf celles des Ardennes, appartiennent à la race flamande, qui, comme on sait, fournit d’excellentes laitières. Dans les conditions de production imposées à la Belgique par le sol et le climat, c’est avant tout l’aptitude à donner beaucoup de lait qu’il faut chercher à développer dans la race bovine. Aussi l’on peut se demander si, à l’exception des cantons privilégiés où l’engraissement est profitable, les autres parties du pays font une tentative judicieuse en mêlant le sang durham au sang indigène. Sans doute, si l’on pouvait obtenir une race qui eût la double qualité de donner beaucoup de lait et au besoin de s’engraisser vite, il faudrait s’efforcer de la créer et de la propager ; mais si, comme on l’affirme, on n’obtient pas ce résultat, ne vaudrait-il pas mieux alors, par voie de sélection dans la race flamande ou par le croisement avec la race hollandaise, développer de plus en plus la qualité lactifère, et créer ainsi, par