Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 38.djvu/76

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


publiques, c’est la construction de routes nouvelles. On peut dire à la lettre que les effets produits par l’amélioration des voies de communication sont incalculables. Nul par exemple ne peut déterminer les résultats de la révolution qu’introduit dans l’économie rurale européenne le réseau ferré dont on construit de toutes parts les innombrables ramifications. Quand un district n’est pas relié aux grands centres de consommation, il n’est pas pour ce motif dénué des moyens de bien vivre ; mais la production est pour ainsi dire dans un état de stagnation, et les habitans sont considérés comme relativement pauvres, parce que les moyens d’acheter leur manquent. Si la terre est fertile ou la culture bien entendue, les denrées seront abondantes, l’aisance peut être même générale et la misère inconnue ; mais les produits du sol seront à vil prix à cause de leur abondance, et par suite encore la rente et les prix des immeubles peu élevés. Les frais de transport sont toujours supportés par le producteur agricole, car il ne peut vendre ce qu’il apporte au marché au-delà du taux moyen. La valeur des produits aux lieux de production sera donc dépréciée de tout le montant des frais qu’il faut faire pour les amener au marché régulateur. On comprend dès lors qu’à mesure que les denrées se transportent plus facilement, le cultivateur en retire un plus grand profit et se trouve ainsi poussé à multiplier et à varier ses produits. De là résulte une vie nouvelle communiquée à la culture et une majoration dans la valeur locative et vénale des terres à peu près équivalente à la somme des bénéfices réalisés d’abord par les fermiers. Tout cela suffit pour expliquer l’influence souvent si remarquable exercée par l’ouverture d’une route, d’un canal et surtout d’un chemin de fer à travers un canton jusque-là isolé.

En Belgique, de grands efforts ont été faits, surtout dans les dernières années, pour procurer à toutes les parties du pays des voies de communication améliorées. Le résultat auquel on est parvenu mérite de fixer l’attention. On trouve en effet dans le royaume 1,815 kilomètres de chemins de fer, 1,800 de canaux ou rivières navigables et 17,730 de routes pavées, — royales, provinciales ou communales,— c’est-à-dire en tout 21,345 kilomètres, ce qui fait 72 kilomètres par myriamètre carré de superficie. Toutes les villes sont reliées au réseau ferré, et il est tel chef-lieu de province, comme Gand par exemple, où viennent aboutir six voies différentes. Dans les parties riches du pays, la plupart des villages communiquent à leur tour avec les villes par des routes pavées ou empierrées, et moyennant les avances que l’on continue à faire chaque année il en sera bientôt de même dans tout le royaume. Dès à présent, après l’Angleterre, la Lombardie et la Hollande, la Belgique est sans doute la contrée où la