Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 39.djvu/822

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facile à rayer, en même temps que cette glaçure reste plus indépendante ; dans la pâte dure au contraire, la glaçure et la pâte ne font qu’un. Les peintures moins sèches peuvent aussi servir à distinguer les anciens produits des nouveaux. En 1753, Louis XV accorda le titre de manufacture royale à l’établissement du château de Vincennes, et en 1756 la manufacture fut transportée à Sèvres dans un bâtiment construit exprès, celui même qui existe encore. Quatre ans plus tard, le roi remboursa la compagnie, acheta l’établissement, lui assigna un fonds de 96,000 livres, et bientôt après, en 1765, la découverte du kaolin de Saint-Yrieïx permit de fabriquer la porcelaine dure.

Tandis que le continent s’occupait de la fabrication de la porcelaine, l’Angleterre perfectionnait celle des cailloutages. Ce système diffère de la faïence proprement dite en ce qu’on y introduit du silex broyé, au lieu d’employer des pâtes formées uniquement d’argile plastique. Cette combinaison, à la fois faïence et porcelaine, produisit des résultats remarquables que fit surtout valoir l’habileté de Wedgwood ; ce potier célèbre mérite d’être placé au même rang que Bernard Palissy. Il créait aussi ces grès fins dont les sculptures élégantes rappelaient les formes antiques et celles de la renaissance. La solidité, la forme commode et distinguée et le bas prix de ces poteries les placent en tête de tous les produits européens du même genre.

Tels sont les progrès accomplis par l’art céramique dans les pays les plus divers et depuis les temps les plus anciens ; peut-être convient-il maintenant de les résumer en quelques mots. C’est en Phénicie surtout que les diverses fabrications de poteries, de faïences et d’émaux, dont l’Égypte et l’Assyrie avaient auparavant le monopole, prennent le plus grand essor. Les commerçans de ces villes libres, plus puissantes que des royaumes, répandent dans le monde tous les objets d’art sortant de leurs ateliers. Les verreries de Tyr, par les matériaux qu’elles employaient, touchent déjà de bien près à ce qu’on nomme aujourd’hui la porcelaine. Avec les coquilles et le sable des rivages phéniciens réduits en poussière d’émail, et que l’on peut appeler le kaolin de la mer, on obtenait des verres opaques dont la pâte, à bien dire, était de la véritable porcelaine. Cependant, à cette exception près, l’Égypte, l’Asie, la Grèce, Rome et l’Étrurie, toute l’Italie en un mot, jusqu’à la chute de l’empire romain, ne fabriquent guère que des faïences et des émaux. C’est alors que la Perse du moyen âge développe avec une incomparable grandeur cette branche de la céramique, tandis que Venise continue la tradition de la verrerie phénicienne, dont elle trouve les secrets à Byzance et dans l’Archipel.