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des sœurs de René, ou bien elles sont tout simplement des créatures très dépravées et très vulgaires. Il reste donc à faire valoir, en faveur de la reine de Navarre, un dernier argument : c’est qu’elle a composé l’Heptaméron.


II. — MARGUERITE CONSIDEREE COMME AUTEUR DE L’HEPTAMERON.

Quoiqu’on ait discuté la question de savoir si la reine de Navarre est bien l’auteur de l’ouvrage qui porte son nom, il nous paraît superflu d’entrer dans cette discussion, le petit nombre de ceux qui tiennent pour la négative n’ayant émis que des conjectures, tandis que l’opinion contraire s’appuie non-seulement sur l’ouvrage lui-même, où l’intervention de la princesse est indiquée très fréquemment et de la façon la moins équivoque, mais sur les témoignages de tous les contemporains de Marguerite, sur celui des deux premiers éditeurs de l’ouvrage, publié dix ans seulement après sa mort, et enfin sur le témoignage indirect, mais néanmoins très positif, de la fille de l’auteur. On sait en effet que Jeanne d’Albret permit au second éditeur de l’Heptaméron à Claude Gruget, de lui dédier publiquement en 1559 ce recueil, comme étant l’œuvre de la feue reine sa mère.

Mais si rien ne permet de contester à Marguerite le titre d’auteur de l’Heptaméron, je n’en voudrais cependant pas conclure que tous les contes sans exception que renferme ce recueil ont été rédigés ou dictés par elle. L’érudit écrivain à qui nous devons la meilleure édition de l’Heptaméron, M. Leroux de Lincy, après avoir comparé un assez grand nombre de manuscrits, qui diffèrent plus ou moins entre eux, a cru devoir lui-même considérer trois nouvelles de l’édition de Gruget comme ayant été substituées par l’éditeur à trois autres plus authentiques que Gruget, suivant M. de Lincy, aurait supprimées comme trop significatives et trop satiriques. Il me semble en effet que les trois nouvelles de l’édition de Gruget pourraient bien n’être pas de la reine de Navarre ; mais, loin de les trouver plus insignifiantes, elles sont à mon avis tout aussi satiriques et beaucoup plus indécentes que les trois autres nouvelles restituées par M, Leroux de Lincy d’après le plus grand nombre des manuscrits.

Cela est surtout vrai de la onzième nouvelle. Le texte rétabli par le dernier éditeur est une historiette très simple qui n’a qu’un défaut, celui de la malpropreté, mais qui n’offre rien d’immoral ; c’est un de ces contes gras que des personnes ingénues pouvaient raconter du temps de Rabelais et peut-être même raconteraient encore aujourd’hui, tandis que la nouvelle qui correspond à celle-ci dans l’édition de Gruget, et que M. Leroux de Lincy a placée en appendice