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Nomerfide, est du genre grivois, et, quoiqu’elle nous soit présentée comme une aventuré advenue à un valet de chambre, du duc d’Alençon, elle doit être rangée parmi les contes en petit nombre que Marguerite emprunte aux nouvellistes antérieurs. La septième et la huitième nouvelle appartiennent encore à la catégorie des récits grivois. La huitième en particulier, qui est encore empruntée aux nouvellistes antérieurs, donne lieu à une controverse plus délicate que l’histoire elle-même : il s’agit de la constance en amour. Un des gentilshommes, Dagoucin, soutient « que celui qui aime véritablement, n’ayant autre fin ne désir que bien aimer, laissera plutôt son âme par la mort que cette forte amour saille de son corps. » Le léger Simontault lui reproche de peindre la chose publique (la république) de Platon, qui s’écrit, dit-il, et ne s’expérimente point. Pour appuyer son opinion, Dagoucin raconte la neuvième nouvelle, qui est du genre le plus sentimental et le plus délicat : il s’agit d’un fait qui-advint, dit-il, il n’y a pas trois ans.

« Un jeune gentilhomme aimait une damoiselle plus riche et de plus grande maison que lui. Comme il n’avait nul espoir de l’épouser, il n’osait, dit Marguerite, découvrir son affection, car l’amour qu’il lui portait était si grande et parfaite qu’il eût mieux aimé mourir que désirer une chose qui eût été à son déshonneur. La damoiselle l’aimait aussi, mais sans lui laisser connaître ses sentimens. Les parens de celle-ci se préparant à la marier avec un autre, le gentilhomme tombe malade et est bientôt à l’article de la mort. La mère de la damoiselle, qui avait de l’amitié pour lui, vient le visiter avec sa fille, l’exhorte à prendre courage, arrache de lui l’aveu de son amour, et lui promet que s’il revient à la santé, elle lui donnera sa fille ; mais ce secours arrive trop tard : le malade, se sentant près d’expirer, demande à serrer dans ses bras celle qu’il aime, et il meurt dans cette dernière étreinte. »

Tandis que les dames qui écoutent cette histoire ont toutes la larme à l’œil, Hircan s’écrie : « Voilà le plus grand fol dont je ouïs jamais parler ! » Et la discussion s’engage sur ce gentilhomme : Hircan et Saffredent soutiennent qu’au lieu de souffrir en silence et de mourir, il aurait mieux fait de commencer par séduire celle qu’il aimait, et qui n’aurait point été rebelle, puisqu’elle l’aimait aussi. « Je ne croirai jamais, dit Saffredent, que si l’amour est une fois au cœur d’une femme, l’homme n’en ait bonne issue s’il ne tient à sa besterie. » Une des dames, indignée de ce propos, Parlamente, s’écrie : « Et si je vous en nommais une bien aimante, bien requise, pressée et importunée et toutefois femme de bien, victorieuse de son cœur, de son corps, d’amour et de son ami, advoueriez-vous que la chose véritable serait possible ? — Vraiment, dit-il, oui. — Vous seriez tous de dure foi, reprend Parlamente, si vous ne croyez cet exemple. »