Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 41.djvu/22

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Hollande a établies à Ommerschans et à Frederiksoord, colonies où la commune et le gouvernement concourent par portions déterminées à l’entretien des pensionnaires, sont d’excellens modèles à étudier et à imiter. Il ne manque pas dans l’Italie méridionale de terrains en friche qu’on pourrait avantageusement faire cultiver par ceux qui jusqu’à ce jour n’ont eu d’autre fonction sociale que de tendre la main en balbutiant une prière inintelligible. La charité particulière interviendrait sans aucun doute pour la réalisation d’une œuvre semblable ; elle est généreuse à Naples, où elle a déjà fondé deux établissemens privés pour les enfans abandonnés. Les hôpitaux auraient besoin d’être spécialement surveillés, car les abus y subsistent encore que les gouvernemens passés y avaient laissés naître. Le roi y a fait une visite inopinée pendant son dernier séjour à Naples, et cette visite a déjà eu d’excellens résultats.

La police n’a été malheureusement employée jusqu’ici à Naples qu’à un rôle politique. Il n’y existe rien qui ressemble à nos sergens de ville ou aux policemen de Londres ; je ne sais même pas si l’on y trouverait un service de sûreté fonctionnant régulièrement. Il serait vivement à désirer qu’on créât un corps d’agens municipaux spécialement destinés à faire exécuter les arrêtés de police et à s’emparer des malfaiteurs. Quoi qu’on ait pu dire, ces derniers sont peu nombreux à Naples ; il y a beaucoup de filous et peu de voleurs. Ici peut-être plus que partout ailleurs l’occasion fait le larron, et il est rare d’entendre parler de ces redoutables associations qui parfois ont alarmé Londres et Paris. L’assassinat est fréquent à Naples, cela est vrai ; mais quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent il a été inspiré par une passion, haine, amour, vengeance, opinion politique. On dénoncera un voleur, rarement un assassin. Une sorte de franc-maçonnerie semble lier à ce sujet les popolani de Naples ; on laisse échapper le meurtrier, on le protège, on le cache au besoin, et l’on dit de lui : « Pauvre homme, il a eu un malheur ! » Lorsqu’au mois de novembre 1860 Gambardella, chef des marchands de poissons de Sainte-Lucie, homme très influent, fut assassiné à neuf heures du matin, en présence de plus de deux cents personnes qui toutes le connaissaient, l’assassin put s’enfuir et ne fut point retrouvé, car nul ne voulut jamais révéler son nom.

Cependant il existe à Naples une association dangereuse qui agit publiquement, quoiqu’elle soit pour ainsi dire constituée en société secrète, et qu’on aurait sans nul doute détruite depuis longtemps, si elle ne s’adressait spécialement aux basses classes de la population : je veux parler de la camorra. Camorra est un mot espagnol qui signifie dispute, querelle, ce qui tendrait à faire remonter l’origine de l’association à l’époque de l’occupation espagnole. C’est une