Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 42.djvu/253

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pour celui de Pétersbourg. La cour de Russie essaie bien de reprendre en Orient ses vieilles attitudes d’ingérence ou de protection ; mais nous ne croyons pas qu’elle ait fomenté la révolution grecque. Pour le moment, le prince Gortchakof, qui vient d’avoir une passe d’armes avec le comte Russell à propos du Monténégro, et qui se flatte sans doute d’avoir triomphé dans cette joute, puisqu’il a livré sa note à la publicité, se serait contenté de ce paisible succès de chancellerie ; une révolution est toujours un mauvais exemple aux yeux d’un gouvernement placé dans la situation où est celui de l’empereur Alexandre. A-t-on le droit d’être si tendre pour le Monténégro, ferait-on bonne figure à exciter la révolution en Grèce, lorsqu’on donne à l’Europe le spectacle d’une Pologne toujours accablée d’une administration arbitraire et illégale, au mépris des traités de 1815 et des récentes promesses de réconciliation ? Le prince Gortchakof se plaint de l’intolérance turque : s’il était en Pologne, il pourrait au moins montrer à son honneur de récentes mesures de tolérance prises à l’égard des israélites, dignes assurément de toute louange et dues sans doute à quelque bonne inspiration de ce fantasque marquis Wielopolski ; mais en Russie les Israélites en sont encore à attendre les justes traitemens qui viennent d’être accordés à leurs coreligionnaires de Pologne.

Il y a toujours tant de contradictions dans les nouvelles qui nous arrivent d’Amérique, tant d’inconnu dans les chances de la guerre civile, que nous hésitons à exprimer une opinion sur la situation présente des États-Unis. Il semble que la proclamation d’émancipation de M. Lincoln devrait être le coup décisif ou au moins la dernière épreuve de cette malheureuse lutte. Puisqu’il a été nécessaire de recourir à cette mesure extrême, nous souhaitons qu’elle soit en effet le commencement de l’abolition définitive de l’esclavage. C’est ce que ne semble pas vouloir le parti démocratique, l’ancien allié des états du sud, et qui s’apprête à disputer chaudement aux républicains et aux abolitionistes le succès dans les élections qui vont avoir lieu. La proclamation émancipatrice du président Lincoln a donné un prétexte au vif réveil du parti démocratique, et l’on peut voir aujourd’hui combien il était délicat de toucher à l’esclavage, si l’on voulait maintenir dans le nord l’union des partis. Les dissentimens excités par la proclamation présidentielle se sont manifestés au sein même des armées. On l’a vu par une belle proclamation de Mac-Clellan, où ce sage et honnête général établit, dans un langage digne des beaux temps de la république, le principe de la subordination obligatoire de la force militaire au pouvoir civil. Quel contraste malheureux font avec l’ordre du jour de Mac-Clellan les proclamations terroristes du général Butler à la Nouvelle-Orléans ! Cet officier impose aux Louisianais, sous les peines les plus dures, de mensongers sermens de fidélité : c’est Gessler forçant les Suisses à saluer son chapeau. Plus nous avons de sympathie pour la cause de l’Union américaine, et plus de pareils excès nous font horreur. Nous voudrions bien aussi, quand nous songeons aux souffrances que la disette de la matière première va causer cet hiver dans