Page:Revue des Deux Mondes - 1862 - tome 42.djvu/69

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À côté de ces dévastations consommées par des barbares, il est consolant de citer les efforts habiles et heureux qu’ont faits les peuples civilisés pour réparer ou prévenir de grands dommages. Un des meilleurs exemples est celui de la culture du quinquina dans l’île de Java par les soins du gouvernement néerlandais, — dans l’Inde anglaise sous l’autorité du gouvernement local. De cette manière, on serait assuré d’avoir toujours un approvisionnement de cette précieuse écorce, malgré l’incurie destructive avec laquelle on l’exploite dans les hautes vallées des Andes.

La situation générale de l’agriculture dans le monde est donc fort en arrière de celle des manufactures, de l’art de la navigation et de celle des transports. Il en résulte quelquefois un péril pour l’alimentation du genre humain. Lorsque les intempéries des saisons faisaient manquer la récolte des céréales dans quelques-unes de nos contrées d’Europe, c’est-à-dire sur un lambeau de la surface cultivable de la planète, combien de fois n’a-t-on pas vu la disette prendre les proportions de la famine, et la civilisation même paraître menacée dans ses foyers les plus renommés, parce que les moyens de s’alimenter manquaient aux populations ! C’est aussi un fait avéré que la production des grandes matières premières que l’agriculture fournit aux manufactures, la laine, le coton, l’indigo, n’est plus en rapport avec la consistance des manufacturiers.

Mais est-il besoin d’insister pour qu’il demeure établi que l’agriculture mérite un degré d’attention tout particulier ? Il faut donc rechercher les moyens d’en agrandir la puissance productive, ce qui en principe, et en laissant à part la question des capitaux, ne semble pas devoir être très difficile, car la question se réduit presque à généraliser l’emploi de moyens qui ont déjà été expérimentés sur une grande échelle avec un plein succès. Ainsi en France l’irrigation n’est pas développée à beaucoup près comme elle devrait l’être. La grande entreprise d’irrigation pour le Piémont, qui vient de recevoir du gouvernement italien un puissant concours celui de la garantie d’un intérêt élevé, 6 pour 100, offre un exemple qui, on doit l’espérer, ne sera point perdu pour nous. On l’a dit souvent, nos fleuves charrient à la mer des millions et des milliards qu’il dépendrait de nous d’arrêter en route en jetant leurs eaux sur nos terres. Il serait possible de détourner du Rhône, par exemple, une très grande quantité d’eau d’arrosage, à laquelle le soleil du midi donnerait une immense valeur. N’est-il pas surprenant qu’à la porte de Paris on laisse la sécheresse dévorer tous les étés une province, la Beauce, dont le terroir est bon, et où les capitaux abondent, puisque la plupart des propriétaires sont des Parisiens ? Faute d’eau, tous les ans une mortalité inquiétante s’y déclare