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l’observateur. Parmi ces échantillons venus de tous les pays, du centre de la Russie d’Europe comme des Indes orientales et occidentales, on remarquait en première ligne les sucres produits directement ou de premier jet, cristallisés en grains diaphanes à facettes brillantes, semblables à de menus candis et consommables directement. Aux procédés de préparation qui nous valent ces beaux sucres sont venus s’ajouter les remarquables perfectionnemens dus aux longues et consciencieuses recherches expérimentales de MM. Possoz et Perier, chimistes manufacturiers, aidés du concours d’un habile ingénieur mécanicien, M. Cail. L’un de ces perfectionnemens s’applique surtout au jus extrait des betteraves ; il consiste, après une défécation ou clarification ordinaire par 5 millièmes de chaux, dans l’addition graduée de la même base alcaline en quantité double, et que l’on enlève des jus à deux reprises par le courant d’acide carbonique que dégage un four à chaux. On réalise ainsi une épuration méthodique sur des jus sucrés de plus en plus dégagés des matières étrangères ; on économise plus qu’on ne l’avait pu faire jusqu’alors la dose du noir animal décolorant ; on facilite en outre l’évaporation. Toute incrustation calcaire est évitée, et l’on obtient sans la moindre difficulté la cristallisation du sucre en grains réguliers et diaphanes pendant le cours de l’évaporation dans des chaudières closes, celles-ci étant continuellement débarrassées par des pompes pneumatiques de la vapeur d’eau à mesure qu’elle est engendrée, et de la pression atmosphérique. Dix sucreries traitant chacune 150,000 ou 200,000 kilogrammes de betteraves par jour durant la dernière campagne ont démontré jusqu’à l’évidence le succès manufacturier de la nouvelle méthode.

Le même procédé pourrait donner dans les colonies des résultats semblables ; mais le prix élevé de la chaux et du noir animal y rend la fabrication moins avantageuse. Les mêmes inventeurs sont dernièrement parvenus à épurer le jus des cannes par un moyen bien plus économique. On jette dans le liquide sortant des presses 2 kilogrammes de sulfite de soude neutre ou alcalin pour 10,000 litres de jus. Cette dose minime de l’agent réducteur et antiseptique prévient les fermentations et la coloration spontanées ; dès lors l’ébullition amène à la superficie, en écumes faciles à enlever, la plus grande partie des substances étrangères avec le coagulum albumineux. Il suffit, pour éliminer ensuite quelques flocons en suspens dans le sirop, de filtrer celui-ci au travers d’un tissu de laine ou de toile pelucheuse de coton, et le sirop, qui passe limpide, directement concentré, même à feu nu, au degré de cuite, donne par le refroidissement, dans les formes usuelles ou dans les bacs, des cristaux abondans presque incolores, faciles à égoutter dans les appareils centrifuges, où l’addition de quelques centièmes de sirops clarifiés,