Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 43.djvu/262

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temps ordinaires. Le mouvement national, après avoir été étouffé en 1850, a eu son réveil pendant la guerre d’Italie : il eût peut-être abouti, du moins partiellement, si cette guerre, en se prolongeant, eût amené de graves complications européennes ; mais la brusque paix de Villafranca a désappointé les patriotes du Rhin aussi bien que ceux du Pô. Cette chance une fois enlevée pourtant, les patriotes allemands auraient dû modérer l’agitation, et, sans renoncer au bénéfice que leur avait valu l’année 1859, se borner à attendre une circonstance propice et à fortifier la Prusse dans la situation qu’elle venait d’acquérir, au lieu de la pousser inconsidérément dans une voie pour le moment fermée. Les patriotes n’y ont pas pris garde ; ils ont voulu réaliser trop vite les « conquêtes morales » de Guillaume Ier : le développement constitutionnel de la Prusse enhardissait trop le National Verein de Cobourg, et à son tour le développement de ce National Verein a porté trop tôt à la chambre de Berlin les progressistes, qui ont fini par y mettre en péril le régime constitutionnel lui-même. Les unitaires de la Germanie ont eu le tort d’oublier le profond enseignement que cache sous son ironie le refrain de la chanson si bien connue pourtant de l’autre côté du Rhin :

Toujours lentement en avant, toujours
Lentement en avant,
Pour qu’il puisse bien nous suivre,
Ce progrès allemand !

Ceci nous encourage à poursuivre de notre côté, et tout à l’aise, l’histoire d’un mouvement dont la conclusion est encore très éloignée. Depuis 1850 jusqu’à la guerre d’Italie, tout l’intérêt de la vie nationale, du procès historique, comme dirait l’école hégélienne, s’est concentré dans la Prusse, tandis que l’Autriche n’a été occupée pendant toute cette période que d’un triste et assez terne travail de nivellement bureaucratique, et que les autres états secondaires de l’Allemagne n’ont fait que copier plus ou moins heureusement le modèle d’un despotisme éclairé que leur donnait l’étranger, seule la Prusse présentait le tableau d’une lutte animée et parfois dramatique entre les principes anciens et modernes. Cette histoire intérieure de la Prusse a eu deux phases bien distinctes et contradictoires, dont la première, qui a duré jusqu’à la maladie de Frédéric-Guillaume IV, a été fortement caractérisée par une curieuse réaction féodale, dont la seconde date de l’avènement du prince de Prusse à la régence, et est généralement désignée de l’autre côté du Rhin sous le nom de la « nouvelle ère » (neue aera). Ce sont ces deux phases que nous essaierons d’esquisser dans cette nouvelle étude.