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LE
MONT-VENTOUX
EN PROVENCE


I

Tout voyageur descendant ou remontant la vallée du Rhône remarque entre Orange et Avignon une grande montagne qui s’élève majestueusement au-dessus de la fertile plaine arrosée par la fontaine de Vaucluse. C’est le Mont-Ventoux (Mons Ventosus). Sa forme pyramidale, sa large base, son sommet triangulaire, blanchi par la neige pendant l’hiver, charment les yeux de l’artiste et arrêtent surtout l’attention du géologue, qui devine là un riche terrain de recherches. Le botaniste de son côté se plaît à comparer les zones végétales échelonnées sur ses deux versans, depuis celle de l’olivier jusqu’à la région alpine. L’agriculteur enfin suit avec intérêt les essais de reboisement qui se poursuivent sur le revers méridional. Le Mont-Ventoux est le dernier ressaut de la chaîne des Alpes maritimes. Avant d’expirer sur les bords du Rhône, la force qui plissa l’écorce terrestre semble avoir fait un effort suprême pour élever le Mont-Ventoux au-dessus des crêtes parallèles environnantes. Les petites chaînes qui le séparent des Alpes sont en effet moins hautes que lui, et la dernière à l’occident, celle du Leberon, est également plus basse. Quoiqu’il forme le trait saillant de la vallée de la Durance entre Manosque et Cavaillon, le Leberon n’est plus que la manifestation affaiblie de la force soulevante, car son point culminant ne dépasse pas 1,125 mètres, tandis que le sommet du Ventoux s’élève à 1,911 mètres au-dessus de la Méditerranée. Cette altitude est une