Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/536

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de trop se préoccuper de tracasseries personnelles et d’éterniser de petits ressentimens. Cette fois c’a été le monde renversé : la province a fait preuve, à temps et avant Paris, de l’instinct politique qui consiste à deviner les besoins d’une situation nouvelle, à oublier le passé, ou du moins à ne s’en souvenir que pour en éviter le retour. Qu’aurions-nous appris en effet, et à quoi nous aurait servi de vivre, si nous ne savions pas aujourd’hui, chacun par notre propre expérience, ce que coûte à la liberté la division de ceux qui l’aiment, ce que vaut et surtout ce que dure toute domination exclusive? A moins de nous condamner à tourner éternellement dans le cercle de mêmes déceptions, il faut bien convenir que l’avenir de la liberté ne peut être fondé en France que par le concours de tous ceux qui se rallient autour de cette grande cause, quelles que soient d’ailleurs leur dénomination et leur origine, soit qu’un élan généreux les y ait amenés de bonne heure, soit qu’une réflexion tardive les y ramène. Dût notre orgueil parisien en être humilié, il faut confesser que sur ce point la province a vu plus clair que nous : il faut que notre reconnaissance aille chercher là où ils se sont fait connaître les précurseurs intelligens de l’union libérale.

C’est à ce titre principalement que plusieurs volumes publiés en province depuis quelques années paraissent mériter une attention particulière. Beaucoup de lecteurs de la Revue connaissent déjà Varia [1] : ils savent que cette publication n’est ni un livre proprement dit, ni un recueil périodique dans la forme accoutumée. C’est une série de dissertations substantielles portant sur les sujets les plus divers de législation et de politique, de philosophie même, et paraissant à des époques indéterminées. Cinq de ces livraisons ont déjà vu le jour, et la plus ancienne remonte à trois ans de date. Francs Propos, conçu sur le même modèle, ne compte qu’une année d’existence [2] et n’a encore donné qu’un échantillon. Dans l’une pas plus que dans l’autre série, aucun article n’est signé; on chercherait vainement dans ces deux ou trois mille pages un seul nom d’auteur. Nous ne croyons pourtant commettre aucune indiscrétion en disant tout haut que les deux œuvres, dont la fraternité est évidente, proviennent de réunions formées dans deux départemens de l’est de la France par des hommes intelligens et presque tous jeunes, qui ont pris pour principe de se recruter indifféremment dans toutes les nuances de l’opinion libérale. Des héritiers de noms anciennement considérés que des traditions de famille rattachaient au vieux droit public de France, — des fils de leurs œuvres

  1. Varia, 1860-63 ; 5 vol. in-18, chez Michel Lévy.
  2. Francs Propos, 1 vol., à Metz, chez Rousseau Salles, et à Paris, chez Didier.