Page:Revue des Deux Mondes - 1864 - tome 50.djvu/856

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la difficulté soulevée par cet incident ayant eu pour effet de réveiller la discussion générale.

Je suis de ceux qui pensent que plusieurs banques rendraient plus de services qu’une seule, et, pour bien marquer dès le début le point en litige, je n’entends pas parler de banques libres, établies et régies à volonté par le premier venu, mais d’un nombre restreint de banques publiques, constituées et réglementées par la loi, embrassant dans leurs opérations un rayon déterminé, telles enfin qu’elles étaient sorties de la loi de l’an XI et qu’elles ont existé jusqu’en 184S, sauf les modifications dont l’expérience a démontré la nécessité, et que le temps aurait à coup sûr introduites dans leur mécanisme. Quel devrait en être le nombre ? Une enquête ouverte dans toute la France pourrait seule répondre. Les uns demanderaient une banque par département, les autres en voudraient seulement une par ressort de cour d’appel ou vingt-huit en tout; d’autres en admettraient moins encore, huit ou dix par exemple, desservant chacune dix ou douze départemens, et instituant autour d’elles des succursales dans le rayon qui leur serait assigné. Ce dernier système me parait le meilleur, du moins pour le moment. Au sortir d’un monopole rigoureux, ce qui se rapproche le plus de l’unité mérite la préférence, pour éviter les changemens trop brusques.

Ce qui est certain dans tous les cas, c’est qu’une banque unique peut difficilement suffire, dans un pays de 54 millions d’hectares et de 37 millions d’habitans, à une œuvre aussi immense, aussi compliquée, avec le progrès croissant des affaires, que l’entreprise générale des escomptes, des émissions et des comptes courans sur toute la surface du territoire. La Banque de France n’a encore pu réaliser qu’une bien petite part de son gigantesque programme : elle n’a fondé hors de Paris que cinquante-trois comptoirs ou succursales, et, hors de ces cinquante-trois places, tout le reste pâtit [1]. Même dans les villes qui possèdent des comptoirs, le commerce local se plaint d’être sacrifié au centre. L’extrême centralisation du crédit ne peut produire, suivant un mot bien connu, que l’apoplexie au centre et la paralysie aux extrémités. Que dis-je? le centre lui-même souffre de ce monopole absolu, en ce sens que les ressources de la banque unique, au lieu de se concentrer sur Paris et les en-

  1. Voici ces cinquante-trois succursales dans l’ordre de leur importance : Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux, Le Havre, Nantes, Rouen, Strasbourg, Saint-Quentin, Mulhouse, Valenciennes, Besançon, Montpellier, Saint-Étienne, Toulouse, Reims, Nîmes, Caen, Angoulême, Avignon, Amiens, Le Mans, Orléans, Toulon, Angers, Clermont, Dijon, Bar-le-Duc, Nancy, Dunkerque, Sedan, Metz, Troyes, Grenoble, Limoges, Tours, La Rochelle, Bayonne, Saint-Lô, Rennes, Arras, Poitiers, Carcassonne, Nice, Nevers, Agen, Laval, Châteauroux, Brest, Bastia, Annonay, Chalon-sur-Saône, Flers.