Page:Revue des Deux Mondes - 1864 - tome 50.djvu/859

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


crise à Paris, faut-il de toute nécessité que l’escompte monte aussitôt à Bayonne, à Nice, à Agen, à Bastia? Dans une ville de 120,000 habitans, à Toulouse, la Banque a imaginé récemment de n’admettre à l’escompte que trois jours par semaine. La chambre de commerce a réclamé, et la Banque a cédé de mauvaise grâce. Cet exemple n’est pas le seul. Qu’on interroge les chambres de commerce, on verra ce qu’elles répondront.

Un des signes les plus frappans de cette impossibilité matérielle est ce qui arrive pour les encaisses. C’est déjà une entreprise difficile que de maintenir dans une seule caisse le numéraire suffisant pour acquitter tous les billets qui peuvent se présenter. La difficulté centuple quand il faut se tenir prêt sur tous les points à la fois. La Banque n’a pas seulement une caisse, elle en a cinquante-quatre dispersées aux deux bouts du territoire, et elle devrait en avoir beaucoup plus. De là des inquiétudes continuelles et d’interminables embarras. De ce centre unique, il faut sans fin ni trêve veiller à l’état de ces cinquante-quatre caisses, diriger à tout moment des espèces sur celles qui en manquent, en retirer de celles qui en ont trop, et après bien des ordres télégraphiques donnés dans tous les sens on est toujours exposé à l’affront de voir un créancier inattendu frapper à une caisse vide. Ici les succursales prennent leur revanche, ce sont elles qui épuisent la caisse centrale. Le quart seulement de l’argent monnayé reste à Paris, les succursales en absorbent les trois quarts, de sorte que c’est le point où circulent le plus de billets et où il se fait le plus d’affaires qui conserve le moins d’espèces : nouvelle et bizarre conséquence du monopole.

Le seul moyen d’alléger ce fardeau est de le partager. Ce qu’une banque ne peut faire, plusieurs pourraient l’accomplir. Rien de plus facile que de diviser la France en huit ou dix régions ayant chacune leur banque-mère. Dès ce moment, tout devient possible. Moins nombreuses et moins éloignées, les succursales de chaque banque présenteraient moins de difficultés, et leur réseau s’étendrait beaucoup plus vite. A raison de vingt nouveaux comptoirs par an ou deux en moyenne par chaque région, il faudrait encore seize ans pour en fonder un par arrondissement en commençant par les plus riches; dans un temps où tout marche si vite, serait-ce y mettre trop de précipitation ?

La Banque de France ne perdrait pas autant qu’on pourrait croire à cette nouvelle organisation; elle n’y laisserait qu’une chimère impraticable en s’affranchissant d’une effrayante responsabilité. Elle conserverait dans le partage des régions la ville de Paris et les départemens les plus riches de France. Son rayon s’étendrait sur neuf millions d’habitans, tandis que le rayon des banques locales n’en