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et très mélodique. Léo a écrit aussi pour le théâtre. Parmi les opéras qu’il a fait jouer sur plusieurs scènes de l’Italie, on cite Achille in Sciro, qui fut représenté à Turin en 1743, et Demofoonte, où se trouve cet air admirable :

Misero purgoletto.


J’ai eu le bonheur, dans ma jeunesse, d’entendre cet air célèbre, chanté par le sopraniste Pacchiarotti, qui habitait Padoue, où il est mort en 1821. Parmi les œuvres qu’on doit à ce doux génie, qui, par la suavité du style, se rapproche un peu de Mozart, se trouvent l’Ave maris stella, pour voix de soprano et orchestre, son Credo à quatre voix, et un Miserere à huit voix, en deux chœurs et sans orchestre. Mon maître, Choron, a donné en 1808 une édition de ce dernier chef-d’œuvre de Léo ; il a mis à la tête de cette édition une biographie du maître italien, et lorsqu’il fonda en 1816 son Conservatoire de Musique classique et religieuse, il introduisit beaucoup de morceaux de Léo dans les programmes des séances qui se donnèrent à son école pendant toute la restauration.

Un chœur sans accompagnement, Vos omnes, de Vittoria, qui fut le contemporain de Palestrina, a suivi le psaume de Léo et précédé le duo piquant de Haendel :

Che vai cercando
Folle pensier.


Ce duo a été dit un peu lentement par Mme la baronne de F… et M. Bossini, qui est bien lourd. Heureusement, après ce duo, on a entendu une autre composition admirable de Jomelli, — Confirma hoc, — chœur à cinq voix, avec solo et accompagnement d’orchestre. C’est grand, c’est beau, et le public qui assistait à cette fête musicale a compris le style large de cette composition religieuse, qui est bien supérieure aux messes de Cherubini. Après un chœur à quatre voix, l’Hiver, charmant badinage de Lulli, la séance a été close par un fragment d’un Te Deum, quemadmodum, fugue à quatre parties, avec accompagnement d’orchestre, de Romberg. Ce compositeur, qui a été un virtuose célèbre sur la clarinette, est né dans le nord de l’Allemagne, près d’Osnabrück, le 27 avril 1767. Très jeune encore, il se mit à voyager en Hollande, en Allemagne et en Italie. Il vint à l’âge de dix-sept ans à Paris, où il se fit entendre avec succès chez un baron de Bagge. Après des courses infinies, Romberg fut appelé à Gotha, en 1813, pour y remplir les fonctions de maître de chapelle de la cour. Il est mort dans cette ville le 10 novembre 1821 ; il était âgé de cinquante-huit ans. Romberg a abordé tous les genres et a laissé une œuvre considérable : opéras, musique religieuse, musique de chambre, etc. Le Te Deum de Romberg ne m’a pas paru être d’une grande originalité.

Ainsi qu’on vient de le voir, le programme du cinquième concert de la société académique était richement composé : il y avait des morceaux de tous les âges, de tous les styles et de tous les pays, en sorte que ce concert a été pour les amateurs comme un cours d’histoire de la musique depuis le XVIe siècle jusqu’à nos jours. L’exécution a été assez bonne cette année, et on doit des remercîmens à M. Vervoitte.

Il y a longtemps qu’on s’est posé la question de savoir quel doit être le